Le Repos du Guerrier

Avis sur Le Guerrier silencieux - Valhalla Rising

Avatar Heisenberg
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Film expérimental, sorte de 2001 quelque part sur terre, Le Guerrier Silencieux est une œuvre folle, presque psychotique, mais incroyablement exigeante car porteuse de significations diverses. Le début du film se fait par de longs plans silencieux, où seul le vent vient balayer des images arrêtées, comme intemporelles, on peut y voir un être maculé, esclave immobile jusqu'à son entrée dans l'arène d'une violence extrême révélant ce pourquoi One-Eye comme on l'appelle, a été créé. Le gain de sa liberté se fera au prix de sacrifices, sacrifices humains, longtemps encouragés par nombre de religions. One-Eye, débute alors son ascension vers le Valhalla, comme Odin ( borgne lui aussi ), le premier à y accéder et qui par sa vaillance et son art au combat, serait le formateur des plus grands guerriers pour la bataille finale, le Ragnarök. Les références claires à la mythologie nordique se confondent avec les inspirations Kubricienne et Herzogienne, de Refn, ainsi qu'une touche de Coppola quand il y fait référence par la tribu indigène du nouveau monde.

Le film est une expérience sensorielle, moment de transe sauvage, perdue dans une nature immense, dense, une nature de originelle, où les Hommes angoissés et emprisonnés par elle vont basculer, à coup de meurtres violents dans une folie inspirée grandement par Aguirre, la colère de Dieu et son côté énigmatique qui rend cette dégénérescence complètement flippante. De surcroit, le film s'inscrit dans un trip métaphysique Kubricien par sa conception de la création, matérialisé par la conception ahurie du monolithe de pierres par One-eye. Mégarde rappelant la petitesse humaine face à l'omniscience divine, ici animiste, on pourrait alors penser à un moment indéfini dans le temps, un instant ellipsé, intemporel mais Refn peut être rend-il hommage aux Vikings en faisant d'eux les premiers à découvrir le Nouveau Monde, ce n'est pas impossible étant donné le fait que cette hypothèse est défendu par un certains nombre d'historiens. Cependant ce détail ne constitue pas l'élément déterminant faisant de ce film une œuvre historique, non le but est bien ailleurs, philosophique peut être mais plus que ça encore, l'époque reculée étant un moyen de montrer des hommes à l'état brut, loin des superflus actuels. Ainsi les dialogues, rares servent seulement à exprimer les besoins vitaux en premier lieu, puis les questions essentielles, existentielles que ces hommes se posent, sur leur devenir, sur l'origine et la cause de leur situation.

Refn évoque ici les interprétations du monde par l'Homme, comment il perçoit ce qui l'entoure, l'invocation perpétuelle de malédiction, dictées par une religion corrompue par la cupidité. Le réalisateur montre clairement un paradoxe entre les croisés et One-eye, allant même jusqu'à faire de One-eye, le mal absolu, confrontant ainsi Homme d'Église et le Diable. Le mélange entre mythologie nordique et religion chrétienne est un peu déroutant, puisque One-eye qui aurait été voué aux enfers par les " hommes de Dieu ", semble en fait en venir et se diriger vers le Valhalla. C'est là où Refn marque le plus, et le mieux, son empreinte, en s'intéressant précisément aux conséquences du meurtre, sa perception : un pêché d'un côté, un acte de bravoure de l'autre.

L'immersion du spectateur est garantie par la musique hypnotique, qui effraie autant qu'elle attire, qui met le spectateur en phase avec ce qu'il voit par sa résonance irréelle renvoyant aux visions de One-eye, mystérieuses, prédilections sanglante avérées, indice nouveau sur la prétendue divinité de cet être qui dans une lente descente dans les profondeurs du fleuve semble, plus qu'un simple retour à la nature, accéder au Valhalla. C'est là que Refn évoque Coppola, avec l'apparition, au milieu de nulle part d'une tribu d'indigènes, bourreau de One-eye consentant à son sacrifice, sa mort donc lui permettant d'atteindre le lieu suprême et de sauver le garçon, comme lui avait sacrifié des hommes auparavant pour sauver sa vie. C'est un moment clé du film puisque c'est là que nous comprenons que toutes " tribus " que ce soit les indigènes, les Vikings ou les Chrétiens ont intégré la notion de sacrifice et de mort. Aussi l'apparition de la tribu comme dans Apocalypse Now est essentielle, car elle renvoi l'Homme à son essence, à sa qualité d'être primitif.

Valhalla Rising s'inscrit donc dans la continuité des films de Refn, dans sa recherche désespérée de signification à ce qui conditionne l'homme - et ici il montre qu'il y a des hommes et non pas un homme.C'est certainement le film le moins accessible de Refn, car entièrement subordonné à la perception du spectateur, à sa capacité et à sa volonté de plonger dans ce flot de violence et d'agapé.

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