Le sacrifice de Jackson sur l'autel du pognon

Avis sur Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées

Avatar Wahrgh
Critique publiée par le

17 Février 2015.
Voilà désormais 2 mois que le film est passé devant mes yeux. 2 mois et aujourd'hui, alors que je revois l'affiche, je me rend compte d'une chose assez surprenante. Je n'ai qu'un vague souvenir du dernier volet du Hobbit, et de la trilogie en générale.

Un vague souvenir.

Là où chaque seconde du Seigneur des Anneaux transpire aux travers les pores de ma peau, je ne me contente que d'un vague souvenir d'une trilogie vite oubliée. Alors que je m'applique (en plissant le front) à rassembler mes souvenirs, la stupéfaction (et un peu de tristesse soyons franc !) s'empare de moi au moment où je repense à ce qu'à fait Peter Jackson du Seigneur des Anneaux (à savoir une trilogie légendaire) et à ce qu'il a fait du Hobbit (à savoir du caca).

Je n'ai pas envie de faire une comparaison des deux sagas, leurs histoires sont totalement différentes, l'un est bien plus sombre que l'autre, le Hobbit étant un conte pour enfant à la base. Et c'est bien là le premier problème. Pourquoi vouloir à tout prix autant rapprocher les deux sagas ?
Ca fait maintenant un peu plus de 2 ans que je répète la même chose. Dans sa volonté à vouloir à tout prix mettre les deux sagas dos à dos (pour faire plaisir aux fans apparemment), Peter Jackson s'est heurté à un mur qu'il n'a pas pu surmonter. J'en prends en témoin cette scène de bataille, où, d'un coup, Saroumane et Elrond viennent mettre une branlée aux sbires fantômes de Sauron et où Galadriel se transforme en force blanche (à moins que ce ne soit un super sayan...) pour renvoyer Sauron loin. La scène se termine avec Saroumane disant "Leave Sauron to me", cadré gros plan, le Mordor au fond. Et puis plus rien. Nada. Que(ue) dalle. Gandalf revient vers les nains et on retourne à l'action principale.
Comprenez moi, je me demande alors, "mais pourquoi nous avoir fat chier (oui oui !) avec toute l'intrigue autour de Gandalf dans le deuxième volet ?!" A quoi ça a servi, si ce n'est être une intrigue bouclée en 10 minutes dans le dernier volet... A ce moment là, on oublie la quête de Gandalf, on évite de se prendre les pieds dans le tapis, en inventant ce que Tolkien n'a pas écrit (j'y reviendrai aussi à ça) et on reste sage et on s'en tient à ce qu'on sait faire. A savoir adapter le plus fidèlement possible l'un des plus grands auteur et imaginaire du XXe siècle.

D'ailleurs en parlant d'expédier des scènes, on remerciera Jackson pour la mort de Smaug, scène mémorable, où un père prend le risque de décapiter son fils (on va pas se mentir cette flèche aurait dû lui découper la tête !) pour tuer un dragon.
Cette séquence est ratée en tout point.
Le montage surtout, les idées de mise en scène également. A aucun moment on ne s'inquiète pour ce père et ce fils, seuls au sommet d'une tour, face à la mort elle-même, le tout puissant Smaug. Il n'y a même pas de suspense quand au dénouement. D'emblée on sait que Bard va viser juste, et Jackson ne prend même pas le temps de dilater un minimum le temps pour que l'on se frustre un tant soit peu. L'ouverture du film est plantée, le reste ne va pas aller bien plus haut...

Il y a également quelque chose de passablement énervant dans l'esthétique même du film. Ce qui rendait Le Seigneur des Anneaux si médiéval, si froid, si sale, ce sont ses décors. On avait vraiment l'impression que les personnages évoluaient dans des milieux naturels. Et l'utilisation de CGI faisait mouche à chaque fois. Je pense à Minas Tirith, la grande cité blanche majestueuse ou la chevauchée des Rohirrims, la scène la plus forte du Retour du Roi.
Mais pour le Hobbit, on baigne dans une espèce de bain numérique dégueu duquel on ne sort qu'avec parcimonie... Tout les éléments naturels sont happés par une sorte de halo numérique qui vient donner un teint vraiment dégoulinant à l'image. Quand on est dans une forêt on voit l'abus de fond vert, quand on est sur la plaine devant Erebor, ça pue le fond vert, tout les plans d'ensemble (ou presque ce serait de mauvaise foi de dire le contraire) affiche cette bouillie numérique. Et je suis désolé mais c'est moche. Surtout quand tu as la Nouvelle-Zélande comme allié principal.
Et puis, la grosse blague aussi, c'est la 3D. Cette merveilleuse technologie. Qu'on se le tienne pour dit. La 3D n'a jamais fonctionné sur aucune œuvre cinématographique, si ce n'est Gravity ou Avatar (à ma connaissance). Deux films dont le développement a duré au moins 4 ans. La totalité de la production des 3 films du Hobbit a duré 3 ans (si on enlève les problèmes de pré production). A aucun moment la 3D ne sert le film, on l'oublie presque, on oublie ces lunettes qu'on a sur les yeux, et lorsque les lumières se rallument on se demande pourquoi avoir payé 11 euros pour une 3D inexistante.
Mais bon, après vous savez, la technologie est formidable aujourd'hui, pourquoi s'en priver ? (http://tinyurl.com/3v65e7g)

J'ai tellement de choses à dire, et je vais vite en venir à la fameuse bataille des 5 armées, le centre du film n'est ce pas. Et là, enfin ! Enfin je suis content (oui je sais je suis chiant) ! Bon si on passe le parallèle facile entre l'arrivée du cousin de Thorin (me souvient plus de son nom...) et des Rohirrims dans le SDA, la bataille est quand même assez jouissive dans le sens où l'on voit vraiment les nains se battre. Ce vent de fraicheur qu'amène ce petit nain roux est vraiment très très positive pour le film.
Malheureusement ça ne dure pas. Outre les grossières erreurs et les incohérences que comporte la bataille, une fois que Thorin se réveille ça redevient le bordel. Des boucs (je crois) sortent de nulle part, le roi des Elfes (ah tient oui je l'avais oublié lui) perd son super caribou et adresse un énorme doigt à ceux qu'il voulait aider, les armées d'Azog arrivent de partout (on a un peu de mal à se rendre compte d'ailleurs d'où tout le monde vient) et puis Legolas.

Legolas. Putain.
Legolas merde, c'est plus possible !
Qu'il nous fasse des roulades dans tous les sens tant mieux pour lui, il a besoin de se défouler, il est jeune ce gamin (et un peu blond mais c'est un autre problème) ; mais alors ce qu'il nous fait dans le dernier quart du film, c'est juste un sketch à lui tout seul. Un sketch putain, c'est pas ton rôle mon bon blond ! Comment décrédibiliser un personnage en 2 films avec comme point d'orgue une chorégraphie de danse classique, faisant à son tour un énorme doigt à Newton. La gravité, c'est pour les petits joueurs.

Il faut que je respire je viens d'attaquer un aspect qui m'énervait au plus haut point.
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longues respirations
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Et puis bon, il faut quand même que je finisse par dire pourquoi objectivement, le film est planté.

Bon alors niveau casting on y est pas trop. Martin Freeman c'est pas trop mal. Richard Armitage est scandaleusement mauvais, alors que je l'avais plutôt trouvé intéressant dans les deux premiers. Ian McKellen fait du Gandalf comme à la parade, et puis la ribambelle de seconds rôles fait un travail plutôt acceptable si on oublie les performances de Lee Pace (quoi que...), Orlando Bloom et (surtout) Evangeline Lilly.

Ah oui la rousse je l'avais oubliée. La love story de l'année mesdames et messieurs !
Plus sérieusement, il y a un gros problème dans la façon dont Peter Jackson souhaitait faire exister ses personnages. je l'ai dis plus haut, mais rajouter de la matière (dispensable qui plus est !) à l'écriture, déjà très dense, de Tolkien, c'était pas une bonne idée. Il aurait mieux fait de se concentrer sur les 13 nains, parce qu'il y en a trois qui crèvent, dont deux pour lesquels on en a rien à cirer ! Et puis la mort de Thorin est assez ridicule aussi. Le fait de s'éloigner des nains nous fait perdre tout rapport émotifs que l'on pourrait avoir avec eux dans les moments clés du film. Et c'est bien dommage.

Et notre petit Hobbit dans tout ça ? Et bien il est discret. Il reste un avantage pour le film, notamment sur la fin, vraiment très agréable à regarder (bien plus que la fin interminable du SDA...), mais il et globalement discret.

Et notre petit Jackson dans tout ça ? Et bien il se baigne actuellement dans une mer de pognon.
Je m'explique.
En 1999, New Line Cinema, lançait un pari risqué sur l'adaptation du SDA en laissant les pleins pouvoirs créatifs à Peter Jackson, réalisateur qui vient plutôt du genre horreur un peu gore rigolo.
Résultat ? Succès monstrueux au Box-Office, succès public comme critique, 17 Oscars dont 11 pour le seul troisième film.
L'adaptation du Hobbit devait à l'origine être réalisée par Guillermo Del Toro, avec la bénédiction de monsieur Jackson. Seulement les problèmes d'argent s'accumulent et la production s'enlise. Résultat, Del Toro quitte le projet et Monsieur Jackson est appelé au secours en urgence pour reprendre un navire très bancal.
Que faire dans ce cas ?
Ne pas faire traîner les choses. On fait trois films de 2h30 pour un bouquin de 400 pages et on compte sur un public dévoué pour se remplir les poches. La créativité qui faisait la force de Jackson dans le SDA, lui fait totalement faux bond ici. Jamais on ne retrouvera ce souffle si particulier, cette ambiance "Middle Earth" qui faisait le charme de la trilogie mère. Du coup on se retrouve avec trois films pas complètement raté, il faut rester objectif, mais moyen. Juste moyen, un simple divertissement que l'on oublie à peine le visionnage terminé. Et ça me chagrine énormément.

La trilogie du Hobbit m'a fortement déçu, mais je pense que vous l'avez compris. C'est un vrai sentiment d'incompréhension qui me parcourt, je ne comprends pas comment un réalisateur comme Jackson a pu s'éloigner autant dans son développement de l'univers "Middle Earth". En résulte une trilogie longue (très longue !), hésitante dans son développement, et balbutiante dans son exploitation. Clairement, 3 films c'est très long pour une histoire si courte. Ou alors faire des films moins long...
En définitive, je crois que je commence petit à petit à me dire quelque chose que je ne voulais pas admettre.
Parce qu'au final, la trilogie du Hobbit est au SDA, ce qu'est la prélogie Star Wars à la trilogie originale. Une suite insignifiante, et dont le traitement de l'univers trahit totalement le matériau original.
Au revoir Monsieur Jackson, et s'il vous plait, comme faveur, ne vous attaquez pas à l'adaptation du Silmarillon. Celui là on le laisse tranquille !

Des bisous sur la truffe quand même ! (ben oui, le gus a quand même merveilleusement bien adapter le SDA !)

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