Le Mot de la Fin

Avis sur Le Hobbit : La Bataille des cinq armées

Avatar Calme Ignition
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"I have no right to order this, but I'm still asking:
Will you follow me, one last time ?"

Une chose est sûre: cet épisode du Hobbit ne vous ennuiera pas. Car dès les premières scènes du film, l'action bat son plein, s'enchaîne, pour finir dans le gros Salad Bowl qu'est la bataille des cinq armées.
La simple ouverture du film suffit à donner des frissons. Si les nostalgiques de Tolkien apprécieront les affrontements fulgurants de l'infanterie lourde des Nains, et des sabreurs Elfes, contre les hordes de Sauron, des écueils viennent gâcher le tableau.
En d'autres termes, ce qui était censé être l'apothéose du travail de Peter Jackson, l'est plus ou moins.

Premièrement, la mise en scène de la bataille est déconcertante dans la mesure où tout est filmé à une échelle assez petite. Et il ne s'agit pas ici uniquement de la taille des armées; même l'entrée (réputée colossale) de la cité d'Erebor en devient "rapetissée" (Bilbo -en escaladant un mur- y rentre aussi comme dans une passoire, mais bref).
La perception du spectateur est moins subjuguée par le nombre, à l'inverse de ce que fut la précédente trilogie, et elle est donc plus attentive aux détails. Et des détails bizarres, il y en a: entre un plan de bataille des Orcs qui part dans tous les sens, les mouvements des héros qui vont et qui viennent, un mélange de registres hasardeux…
Deuxièmement, un constat est gênant: une partie non négligeable des extraits du trailer ne sont pas présents dans le film. Nous retrouverons à n'en pas douter tout cela dans la version longue, mais quand il s'agit de scènes croustillantes de la bataille, on ne peut qu'être déçu (ex: les béliers des Nains, montures qui viennent au passage de World of Warcraft).

Autre défaut du script, qui se résume en un seul mot: Tauriel. Tauriel, cette elfe… ne sert à rien. Vraiment. Elle n'apporte qu'une couche de mièvrerie là où le Seigneur des Anneaux avait tant brillé par sa qualité d'écriture et sa maturité. En un mot: non crédible. Et puis franchement, une romance gnagnan entre une Elfe et un Nain… Peter Jackson n'a jamais joué à un RPG ?
Evangeline Lilly a été portée en vedette dans le Hobbit pour ce rôle, alors que son personnage n'a pas plus d'intérêt qu'un figurant. J'étais déjà dubitatif dans la Désolation de Smaug, mais là…
Qu'importe, passons au point suivant: l'humour.
Un des atouts de l'Heroic Fantasy à la Tolkien, était de narrer une histoire sérieuse tout en ayant un grain de légèreté, une ponctuation suffisante pour rendre l'œuvre tout public et la distinguer de la tendance "dark fantasy". On se souvient notamment des répliques mordantes de Gimli. Mais ici, l'humour est employé de façon un peu trop lourde et parfois inappropriée (ex: le fonctionnaire…).
Un coup on nous envoie du rêve dans un duel ultra épique, et l'instant d'après on nous colle une action comique en plein dedans. Ce qui donne un décalage de ton, assez perturbant.

Ainsi, cet épisode final souffre d'un manque de ligne directrice; on a l'impression que les péripéties n'ont pas le temps de s'articuler correctement les unes aux autres. Que la production a essayé de mixer un maximum d'ingrédients, d'acteurs et de types de scénario, mais au détriment d'une précieuse cohérence.
Je pensais Peter Jackson infaillible. Hélas, lui aussi commet des erreurs. Sa saga "The Hobbit" commençait pourtant très bien, avec un premier film qui avait l'authenticité du Seigneur des Anneaux. Et néanmoins, même s'ils ont tous les trois été tournés en même temps, chaque épisode est fait sur un ton qui n'est pas dans la continuité des précédents.

Bien heureusement, tout n'est pas noir dans ce dernier voyage en Terre du Milieu:
Thorïn est un héros sombre et pugnace que l'on a adoré voir à l'écran. Sa compagnie de Nains, à la loyauté inébranlable, est toujours aussi attachante. Enfin Bilbo joue de sa bienveillance et de son courage avec succès. De surcroît, s'il est dans ce film une figure héroïque unanime, c'est bien celle de Bard. Bard, qui a vraiment du mérite. Les humains se font en effet harcelés d'un bout à l'autre du film, un miracle qu'il en reste encore à la fin.

Mais on peut, sur ce point, y distinguer un parallèle intéressant entre les deux trilogies:
Au final, si leurs motivations semblent différentes, Nains comme Elfes ne valent pas mieux. Les uns sont prêts à partir en guerre par avidité, les autres par orgueil. Tous deux considèrent à première vue la vie de leurs semblables comme moins importante que les reliques du passé.
Ces races presque immortelles, vestige de l'ancien monde, finiront ainsi par céder leur place aux humains; une espèce plus jeune mais non pas sclérosée par les dogmes d'un autre temps, qui deviendront les principaux héros du Seigneur des Anneaux.

En outre, le rythme effréné du film propulse aisément le spectateur dans l'action, sans temps mort, pour une pleine immersion dans ce haut-fait légendaire. De plus, c'est toujours un plaisir de revoir notre vieux casting (Ian McKellen, Christopher Lee, Martin Freeman, Richard Armitage…), même si Orlando Bloom se la pète encore un peu trop à mon goût.
Enfin, les appels du pied gauche au Seigneur des Anneaux, nombreux, sont au final assez sympathiques et plaisent à l'oreille du fan.
Niveau musique, Howard Shore est toujours aux commandes, avec un talent égal, et l'on retiendra entre autres "Fire and Water", "Sons of Durïn" et "To The Death". Sans oublier l'émouvant final "The Last Goodbye", interprété par Billy Boyd.

En définitive, certes ce long-métrage comporte de nombreux défauts. Certes, à titre de comparaison -comme grand final à la Peter Jackson- il n'y a pas de charge des Rohirrim, pas d'assaut épique à la Porte Noire, pas de romance passionnante comme ce fut le cas avec Arwen et Aragorn.
Mais la Bataille des Cinq Armées ne manque pas d'adrénaline, de lutte ô combien acharnée contre les forces du mal, et d'altercations poignantes.
Et puis, en tant que fans ayant grandis avec Tolkien, nous ne pouvons que verser une petite larme devant ces 13 années où les aventures de deux hobbits singuliers ont bouleversés notre culture du fantastique.
Un potentiel malmené, mais malgré tout un bon spectacle.

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