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Le Hobbit : Un voyage inattendu par Anfalmyr

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Il y a onze ans de cela, dans une salle sombre, étaient assis un jeune collégien et son papa. Sur un air d’Howard Shore, un titre doré sortait du néant. Le Seigneur des Anneaux. En ce jour de décembre 2001, et ce pour les quatre années à venir, ma vie d’adolescent allait être bouleversée par la trilogie de Peter Jackson. Alors que les livres de Tolkien m’avaient donné le goût de l’imaginaire et des lettres, les films de Jackson ont fait éclater en moi ce à quoi je comptais consacrer ma vie : raconter des histoires avec des images et du son. Si le Seigneur des Anneaux est une œuvre fondatrice pour moi, Bilbo le Hobbit en revanche n’était jusque là qu’une excuse pour demeurer plus longtemps sur ces terres magiques, ignorant ce que j’allais devenir une fois que la Terre du Milieu serait une histoire à raconter, et plus à découvrir.

Ayant suivi avec passion la mise en chantier et la production de ce diptyque qui devint une nouvelle trilogie, je me suis installé dans ce siège un peu dur, gobelet de maïs soufflé à la main, non pas pour voir l’adaptation d’un livre que j’adore, mais pour rouvrir la porte des rêves. Une décennie a passé, et retourner dans cet univers encore gravé au fond de mon cœur provoque en moi le plaisir vibrant de l’enfant qui, jadis, était entré le premier dans cette salle, le premier jour de la sortie du Retour du Roi, à la fois euphorique, mais plein de mélancolie à l’idée de devoir faire mes adieux à cette trilogie.

Et cette attente, ces retrouvailles, Peter Jackson en a mesuré l’importance, puisqu’il nous a offert un prologue prodigieux. A la fois surprenant, brillant, épique, ce prologue pose à la fois les enjeux de la prélogie de l’anneau, mais met également en lumière le ton de ces films. Si la trilogie de l’anneau se voulait une fresque réaliste d’un univers fantastique, Le Hobbit affiche dès la première minute ce qu’il est : un Conte.

Récit du vieux au plus jeune, transmission du savoir enjolivé, cette aventure qui figura dans la Légende de l’Anneau.

C’est une orientation très fidèle à ce qu’est le livre, mais assez déstabilisant à voir au cinéma. Ce temps d’adaptation vient du fait que ce film est construit par la même équipe, celle qui nous avait montré une Terre du Milieu réaliste, dur, humaine. Si Guillermo Del Toro était resté à la tête du projet, j’aurais sûrement accepté plus rapidement cette vision nouvelle d’un univers connu et aimé. Après quelques minutes où la nostalgie essaye de résister, on s’habitude avec plaisir à ce respect presque courageux de la sève du Hobbit.

La facilité finalement aurait été de faire de ce Hobbit un film plus sérieux et adulte que ce qu’il aurait dû. Le livre fut écrit pour être lu par des enfants âgés entre cinq et dix ans, même s’il prenait place dans un univers que Tolkien n’a jamais destiné aux plus petits. Et le film fait honneur à cette volonté, à un point que ça en devient hallucinant.

Parfait récit d’aventure des petites gens qui par leur union et leur courage peuvent soulever des montagnes, ou dans ce cas, en récupérer une ; récit épique d’une lignée aussi noble que celle d’Isildur ; et prémisses de la Guerre de l’Anneau afin de faire le pont entre les deux trilogies… The Hobbit est d’une générosité assez renversante. Comme beaucoup j’ai eu du mal à comprendre comment Jackson allait découper ce petit livre en trois films de plusieurs heures. Et au sortir du cinéma, je réalise qu’au-delà de la volonté du studio d’étaler ses rentrées d’argent, la prélogie de l’anneau montre à quel point le Peter Jackson d’aujourd’hui est devenu un des tauliers d’Hollywood.

Rien qu’à voir le défilement des studios lors de l’intro, on réalise combien ce réalisateur a pris une envergure monumentale. Malgré le poids financier du projet, Peter Jackson garde le contrôle de sa création.

On sent ce pouvoir dans sa capacité à prendre son temps sur des séquences qui auraient été soit coupées à l’écriture ou au montage à l’époque du Seigneur des Anneaux. Qu’il s’agisse d’un échange banal entre deux hobbits, une conversation mélancolique entre une elfe et un vieux magicien gris, ou des moments totalement gratos comme une baston de géants de pierre en pleine tempête ou une course poursuite entre des loups et des lapins…. Peter Jackson s’est vu offrir de par son statut, un luxe rare : avoir le temps de nous présenter tout ce qu’il veut, nous montrer la beauté de cet univers, l’amour qu’il voue à ces personnages, ou tout simplement ce plaisir égoïste d’un geek autodidacte de prendre son pied par des travellings de malade et une mise en scène audacieuse maîtrisée à la perfection. J'en veux pour preuve cette capacité à traiter dans leur intégralité des scènes marquantes du livre, comme la rencontre avec Gollum, qui est soignée à un niveau démesuré.

Derrière cette liberté on sent malgré tout que certains moments sont en trop, que telle scène ne devrait pas durer aussi longtemps, que tel passage n’apporte rien, ou pire, alourdit un peu la narration. Dans cet excès de générosité j’ai retrouvé un peu du syndrome Lucas : le fait que George Lucas n’ait rencontré aucun contre-avis lorsqu’il s’attela à sa prélogie. Lorsqu’un réalisateur devient une icône, un dieu pour les gens qui bossent pour lui, ça peut devenir dangereux. Dangereux parce que personne n’osera vous dire qu’une scène pourrait être mieux traitée, qu’un passage est tout bonnement lamentable et indigne de l’univers dont il est issu… Et c’est ce qui est arrivé à George Lucas, et dans une proportion infime, c’est ce que j’ai pu retrouver sur certains passages du Hobbit.

Je ne suis pas opposé aux scènes gratuites, bien au contraire. Il en est de même pour les moments de pure jouissance scénique, ou tu sens clairement que le réalisateur s’est fait plaisir avant tout. Et parce que The Hobbit est un film extrêmement généreux, parce qu’il respecte le ton de son œuvre même dans ses rajouts, il est plus facile de comprendre ces petits moments gratuits où on peut être amené à se dire « oui bon, avançons voulez-vous ».

Ce premier épisode du Hobbit est donc une aventure décomplexée aux allures de rollercoaster. Le Voyage d’une clique bigarrée qui saute de pétrin en pétrin avec une audace qui frise de nombreuses fois l’inconscience. L’occasion de mettre en place cette compagnie étoffée, les multiples enjeux qui la forgent, et de placer cette fresque légendaire dans le regard naïf mais brave d’un jeune Hobbit un peu bourgeois qui retrouve en son cœur l’appel de l’aventure.

Le film se conclue d’ailleurs sur une bien belle promesse. Malgré l’enchaînement ininterrompu de péripéties dans une si petite portion du livre, Peter Jackson nous souffle que ceci n’est qu’un début, et qu’il y a encore beaucoup de choses à découvrir.

Un Voyage Inattendu fut un profond et jouissif retour en enfance. Retour à une aventure que j’aurais adoré vivre par procuration étant enfant, preuve en est ma mine éblouie cachée derrière ma barbe et mes rides naissantes. Spectacle grandiose d’une beauté saisissante, signe d’un dernier passage en Terre du Milieu dont on ne veut rien rater, car il est fort probable que ça soit bel et bien la dernière fois. Ce retour m’a emporté, et si je ne retiens en défaut que ses excès de générosité, c’est signe que Jackson a réussi un retour remarquable là où tant d’autres se seraient brisé le dos. Il est même incroyable de voir avec quel brio ce récit littéraire d’aventure enfantine s’est transformé en un récit cinématographique en trois axes, partant de cette aventure pour enfant tout en offrant assez de place à la mise en place d’enjeux plus sombres et épiques.

Ma première réaction sur les marches du cinéma lorsque le public retourne piaillant vers son propre foyer, alors que la compagnie de Thorin part à la conquête du sien, c’est que Legendary Pictures doit tout de suite oublier la production de son film Warcraft. The Hobbit est visuellement si incroyable, sa direction artistique est tellement dingue qu’il serait bien malheureux de passer après maintenant. Jackson s’offre ses plus beaux establishment shots, et même si on l’a connu plus inspiré en terme de mise en scène, la qualité finale demeure et force l’admiration.

Quel plaisir de retourner en Terre du Milieu après tant d’années mes amis ! The Hobbit est un film tellement généreux, c’est incroyable. Premier épisode dense d’une aventure qui s’annonce plus gourmande que prévue, ce Voyage Inattendu m’a mis des étoiles dans les yeux et le sourire aux lèvres. Pas pour la découverte comme ce fut le cas il y a dix ans, ou récemment sur Avatar. Mais plus par cette explosion d’amour au matériau d’origine, à cet univers chéri, à ces personnages attachants. En cela The Hobbit reprend beaucoup de la magie du Tintin de Steven Spielberg, qui était lui aussi une belle déclaration d’amour. Le Voyage ne fait que commencer, mais il a déjà ravivé en moi une flamme qui sommeillait depuis de longues années.

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