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Le Hussard sur le toit par Eowyn Cwper

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Rappeneau remet le couvert historique, branchant les chandeliers et se frottant les mains devant le réglage des foules. Fort peut-être d’avoir été approché par Keanu Reeves pour le rôle principal, il américanise ses scènes les plus actives qui revêtent bien l’aspect des épopées cape-et-d’épesques d’outre-mer.

Son héros, interprété par Olivier Martinez, est le Zorro de Jean Giono, un gentilhomme soldat dont les manières sont au prix de son ennui en société. Il casserait bien les standards de la bourgeoisie si elle n’était pas constamment moquée d’autre part et que Martinez n’était pas monté sur ressorts au point que la caméra peine à suivre ses brusques mouvements. C’est dommage car il est agile, sa langue italophone pas mal aussi, et il participe à l’énergie qui coule dans les veines du Hussard.

Le drame est parfois un peu gros, mais il vaut la peine quand il passe le goulot d’étranglement du choléra, fantôme porté dans l’histoire par ce qu’on appelait des miasmes et tuant la chair pour immuniser les esprits contre l’idée de la mort. C’est de cette petite gloire morbide que l’œuvre de Rappeneau tire la plus belle part du sentiment qu’elle génère, un poissement presque dérangeant dans ce que la maladie a de soudain et de célère et, comme le dit le personnage, d’aléatoire dans ses frappes, comme les coups de bec d’un corbeau ou les mouvements d’un chat qui sont autant d’illustrations d’un dressage animal assez époustouflant.

La vraie valeur de Martinez se révèle mal sous sa galanterie guindée. Si son personnage escorte celui de Binoche, c’est elle qui escorte l’acteur : un poids mal géré qui fait un peu trop figure d’inverse aux si jolis mouvements de foule ; c’est dans la masse que reposaient les atouts, pas dans les individus que Rappeneau élimine après des rôles symboliques : exeunt Depardieu et Cluzet, magnifiques en bouées qui méritaient d’être des phares, histoire d’illuminer un peu ce jouvenceau maniéré de Martinez.

Heureusement que Rappeneau se donne le temps de « compter Florette », piquant ses dialogues de noms insignifiants pour la géographie française contemporaine, une toponymie mise en relief par les parfums de différents paysages et climats au gré d’une cour délicate. Cela donne de l’air à la qualité de son entreprise sémiotique et lui évite de sombrer sous le poids de phrases-chocs qui font tache d’huile ; ç’a beau être une jolie phrase (ou pas ?), elle ne nous apprendra pas à « nous faire craindre du choléra comme la peste ».

Quantième Art

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