Un spectre hante l'Europe, c'est le spectre du cinéma engagé.

Avis sur Le Jeune Karl Marx

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Réaliser ce genre de biopic a dû se révéler ardu pour Raoul Peck, il lui a fallu préserver un équilibre délicat entre accessibilité et présentation de la genèse de l'un des penseurs ayant le plus nui (et nuisant toujours) à l'hégémonie capitaliste.
Le premier bon point de son film tient au fait qu'il présente un aspect méconnu de la vie de Marx : sa carrière de militant, militant vulnérable qui s'en prend plein la tronche, devient ami avec Engels le bourgeois repenti, écrit jusqu'à tard dans la nuit avec la crainte que les agents de la répression étatique frappent à la porte, se voit confronté à la misère et la crainte de ne pas pouvoir donner une vie décente à sa famille.

Ce que Peck a également compris, c'est que les idéologies anticapitalistes n'ont pas été créées ex nihilo, elles trouvent évidemment leurs racines dans la misère et l'exploitation causées par le capitalisme et l'hégémonie de la grande bourgeoisie sur le reste de la société, et retranscrit les effets délétères de ce système qui a fini de prouver son iniquité par un très bon travail de reconstitution historique dans lesquels la caméra ancre ses personnages aux accents divers et plus ou moins variés, qui font alors corps avec les décors (oups, cette rime était involontaire, tant pis je la garde).

Sans pour autant se complaire dans un misérabilisme dégoulinant de bons sentiments, hein, puisque l'objectif reste avant tout de retracer la naissance du socialisme scientifique, dépassement du socialisme utopique, qui lui était bien trop éloigné des réalités socio-économiques, et l'influence qu'ont donc pu avoir pour lui les rencontres qu'il a pu faire : Proudhon, Bakounine, Stirner, et bien sûr Engels. De Londres à Paris et en passant par Bruxelles, la liste étend ses ramifications dans une Europe bouillante annonçant les révolutions de 1848-49.

Les personnages auxquels la caméra donne vie sont des êtres pleinement humains, qui ont su sacrifier beaucoup pour leurs idéaux afin de lutter contre une société si dominée par les logiques capitalistes que même les rapports sociaux tendent à devenir des rapports marchands.
Contrairement à ce que tenteraient de nous faire croire les laquais de la classe dominante et falsificateurs de la réalité historique de tout poil, ce système n'a pas vraiment changé malgré les oripeaux qu'il a pu revêtir pour se donner des apparences de légitimité. Le salariat reste un esclavage déguisé, la propriété privée des moyens de production reste le plus grand système exploiteur de l'histoire de l'Humanité, et la société spectaculaire dans laquelle nous vivons à présent nous a éloigné de toute vie réelle.
C'est bien en cela que les pensées de tels révoltés, loin d'être reléguées aux oubliettes de l'obsolescence, nous sont toujours profondément contemporaines. Ce film n'est pas une histoire du passé, c'est une histoire du présent.

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