La cantata del Diablo

Avis sur Le Jour de la bête

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Sans tabou et décomplexé, Àlex joue à loisir avec des codes qu’il maîtrise à la perfection. Toi, le vilain grincheux, ça te semble abscons et – prépare toi au divin courroux – prétentieux. Tu grinces des dents. Àlex rit. Et son public avec lui.

Et rit de tout.

Et avec n’importe qui.

La religion catholique et son pendant diabolique – funestement inadaptées à la sauvage modernité – sont incarnées par ce fabuleux prêtre échappé d’une comedia italienne et son acolyte, métalleux mal dégrossi au cœur sincère, attachant et touchant.
Heureux les simples d’esprit.
Mais la croix est imposante et le chemin parsemé d’embûches. Ils ne seront pas trop de trois pour venir à bout d’une hypothétique incarnation satanique et, si leur relation triolique ne débute pas sous les meilleurs auspices, nos deux anti-héros s’adjoindront vite les fidèles services d’un prédicateur télévisuel au rabais, allié aussi précieux qu’inattendu.

Que demander de plus au bon Dieu ?

Pourquoi pas une réalisation haletante, digne des meilleurs productions du genre ?
Pourquoi pas un sens de l’humour – noir, gris, jaune, éclatant des multiples couleurs de l’arc-en-ciel – d’une justesse que n’égalent que son courage et son absolu décalage ?
Pourquoi pas des acteurs en liberté dans un cadre immense, livrés à eux-mêmes et exultant d’une joie de jouer communicatrice ?
Pourquoi pas une symbolique exploitée à merveille ?
Pourquoi pas un scénario trompeur de simplicité, finement mené ?
Pourquoi pas un road-movie cyclique, course folle hamsterisante, absurde autant que délectable ?
Pourquoi pas, soyons fous, quelques envolées lyriques telles que seul le LSD peut offrir à l’esprit humain ?

Et si, avec déférence, nous prenions du recul, nous nous extrayions de cette chape de violence pour, le temps d’un bref regard, jauger à sa juste valeur l’énorme travail du réalisateur, son acharnement macabre à imposer partout une poésie toute personnelle, brutale et insidieuse mais d’une beauté troublante.
Si nous appréciions le regard aimant d’un cinéaste pour le cinéma.
Si nous communiions avec lui, le temps d’une sordide mais sublime crémation ou d’une vertigineuse fuite funambulesque.

PUISSANT.

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