Bernard Henry, Jean pleure.

Avis sur Le Jour et la Nuit

Avatar Pognon
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A être gavé du Maître par tous les médias depuis vingt ans, certains d'entre vous pourraient hésiter à l'idée de sacrifier (volontairement !) deux heures de leur vie à la tentative cinématographique de Monsieur Levy. Ce questionnement serait judicieux : tous les choix risqués de l'existence méritent réflexion. Côté pile, évidemment, une marrade assurée pour cette petite saloperie qui se savourera volontiers en compagnie d'ami(e)s et/ou d'un cortège de drogues à la convenance des goûts de chacun. Côté face, un saut dans le néant ; une scie rotative à plein régime dans votre foi en l'être humain ; un gluant indéfectible sur vos espoirs de monde meilleur, de jouissance sereine et d'exaltation du Moi.

Lorsque les premières minutes voient Karl Zero, dans une tentative balourde d'incarner un De Funes cocaïné, longer une quelconque côte du Mexique en compagnie D'Arielle Dombasle sur une bande-son surchargée de cris d'oiseaux hystériques, l'ambiance est tout de suite installée. On sent dans les faux-raccords, les plans manquants à la compréhension de l'action, les couleurs bariolées et les jupes légères poindre la touche stylistique qui me faisait rester debout sur le tard, bien caché de mes parents endormis, pour m'astiquer la nouille sur les productions franco-italiennes de M6. Peut-être suis-je également parti du principe que Dombasle allait, comme à son habitude, passer la moitié du film la touffe à l'air - Je n'avais pas tort.

Madame est actrice, Monsieur est producteur. Ils sont en route, dans leur décapotable, pour rejoindre et compléter un musée de clichés : Delon en vieil écrivain alcoolique, parti de Paris pour retrouver une inspiration qu'il ne pourra bien sûr puiser que dans les yeux d'une femme ; l'épouse déçue et infidèle, le jeune arriviste imbuvable en guise d'amant et l'éternelle amie mystérieuse. Enfin, la faune exotique : un révolutionnaire espagnol, ses copains et tous les locaux mexicains qui serviront les rôles charmants de débiles légers, d'archétypes du bon sauvage ou de menaces potentielles. Lorsqu'on osera chercher dans des subtilités plus grandes, les trois à la fois.

Une fois la situation initiale installée, la trame scénaristique se tissera autour d'un affreux quiproquo de boulevard et de quelques intrigues annexes utiles pour densifier les personnages et amener la surprise finale... Sans vous la révéler, disons qu'il s'agira à nouveau de trouver Keyser Söze, sauf que cette fois on en a rien à foutre. Les dialogues sont d'une lourdeur prétentieuse qui monte encore trois, quatre crans au-dessus de l'écriture de Beigbeder. Préparez-vous aux phrases définitives, bons mots, clins d’œil en biais et beurrage de cul nécessaires à l'affirmation mégalomaniaque d'un grand esprit souhaitant se regarder lui-même. Et se jouir partout sur la chemise. Sur les manches, sur le col. Partout.

Et puis, pêle-mêle dans le quotidien de ces petites crevures pétées de thune, entre deux balades en montgolfière et repas sous les tonnelles, du nibard galbé et de la fesse bien ferme puisque tout le casting principal, à condition d'avoir moins de quarante ans, finira par écarter les cuisses. Vous aurez droit à de l'effeuillage aux balcons, de la baise adultérine, une fessée énergique plutôt bandante... Jusqu'à cette scène en flottement dans des limbes entre obscène et absurde : un cunnilingus à la verticale en ombres portées. Pornographique, dégueulasse, d'un mauvais goût futuriste et fait à l'arrache tant le rythme et les mouvements sont surréalistes. Un rire nerveux fût arrêté quelque part au milieu de ma gorge, prisonnier de l'effarement.

Alors, OK. Ce film est drôle (malgré des longueurs) et je ne peux nier le plaisir sadique de voir son cuistre de réalisateur se vautrer dans tous les pièges du long-métrage amateur complètement raté. Mais la ligne de crête est extrêmement subtile entre le rire et l'irritation. Parce que Bernard-Henry n'est malheureusement pas le premier branquignole à moustache venu, détournant quelques sous du contribuable pour assouvir ses délires. Le co-scénariste et réalisateur de "Le jour et la nuit" est également un philosophe dont les réseaux lui ouvrent des médias que le public lui refuseraient ; sa mise en pli est partout en couverture de livres poussiéreux aux étals des invendus en librairie ; il est sur France 2, France 3, à la conjonction de tous les apéros chics du Café de Flore et glisse une main caressante mais ferme dans les sous-vêtements de nos présidents en exercice.

Son esprit malade se projette partout. Indiscutablement, nous assistons à Delon-Levy draguant Bernard-Henry-Dombasle. Lui ! L'écrivain rayonnant mais lourd du poids de son génie, lui ! Son "côté féminin" dégoulinant, vision idéale de l'amour-au-premier-regard et du je-t'ai-toujours-attendu, lui encore ! Le rebelle révolutionnaire, le justicier pourfendeur des dictatures, la fleur au fusil mais le couteau entre les dents. Et le rire se transforme en rictus, puis en spasme.

Je ne suis plus très sûr que tu me fasses rire, BHL. Et pourtant, j'ai de l'humour...

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