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Le Labyrinthe de Pan par batman1985

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Boudé à Cannes et remportant trois Oscars dans des catégories plus mineures (meilleure photographie, meilleurs décors et meilleurs maquillages), il semble que Le Labyrinthe de Pan n'ait pas été reconnu à sa plus juste valeur par certains professionnels du monde du septième art.
Si Guillermo Del Toro avait jusque-là réussi des films corrects (voir Cronos ou encore Hellboy) entre oeuvres de grands publics et oeuvres plus personnelles, il n'avait pas encoré réaliser son chef-d'oeuvre. C'est désormais fait...
Il faut dire que c'est un projet qui tenait à coeur au réalisateur mexicain qui a mis plus de vingt ans avant de pouvoir le réaliser. "A la base, le scénario du Labyrinthe de Pan ressemblait à ma toute première version de L'échine du diable, et aurait dû être mon tout premier film si j'avais réussi à trouver le budget nécessaire pour le réaliser à l'époque," raconte Guillermo Del Toro. "Il y était question de la révolution espagnole et l'histoire parlait d'une jeune femme enceinte qui rejoignait son mari dans une maison restaurée par ce dernier. En visitant la demeure, la future mère découvrait un jardin en forme de labyrinthe, où elle croisait un satyre. Elle faisait l'amour avec la bête qui lui proposait de sacrifier son enfant pour que le labyrinthe puisse fleurir. Si la femme avait accepté, elle aurait vécu pour l'éternité aux côtés du satyre. Même si au final, des ressemblances demeurent, la nouvelle version du Labyrinthe de Pan est malgré tout très différente, mon côté sentimental ayant finalement pris le dessus."
Mais venons-en directement au film, où nous sommes directement plongé dans cet univers très spécial que le réalisateur a créé avec toute son équipe. Il est vrai que les décors, les maquillages et les moments où la fillette se met à rêver sont très réussis. On retrouve également dans la réalisation la patte caractéristique de Guillermo Del Toro, qui se sert d'objets ou d'arbres pour passer d'un endroit à un autre et de couper sans qu'on s'en aperçoive (il a déjà utilisé ces techniques dans les deux films qu'il m'a été donner de voir de ce metteur en scène, j'imagine qu'il l'a fait pour les autres...). Dans l'ensemble, tout ce qui touche à la technique est d'une réussite exemplaire.
Mais venons-en surtout à tout ce qui entoure le film, aux messages que celui-ci contient. Premièrement, il y a ce mélange de rêves, d'imagination à la dure réalité du monde. La guerre, les horreurs commises par l'homme,... Mais le plus étrange au fond, c'est que le monde des rêves qu'imagine Ofélia n'est pas forcément plus beau que celui du monde des hommes. Ainsi, les trois épreuves qu'elle a à passer contiennent des moments assez durs et pas aussi jolis que l'on pourrait, nous, l'imaginer. Le crapeau qui détruit l'arbre, le Pale Man (Del Toro s'est d'ailleurs inspiré d'une peinture de Francisco Goya, celle où Saturne dévore son fils. Le dessinateur Arthur Rackham est d'ailleurs une autre source d'inspiration pour le metteur en scène qui a écrit le scénario du film) où encore la dernière épreuve qui consisterai à ce que l'on tue un bébé. Mais on peut également se poser des questions sur la véritable ambition de Pan, celui qui dit à Ofélia qui elle est vraiment. Mais, mine de rien, les rêves constituent un échappatoire très important pour la jeune fille. Son imagination débordante lui permet d'espérer et de croire, au fond, en un monde meilleur. Car le monde réel qui sert de base à Del Toro n'a rien de marrant. La guerre civile d'Espagne vient à peine de s'achever. Les Franquistes sont toujours à la recherche des résistants et ne se montrent d'aucune pitié. En particulier le beau-père d'Ofélia, véritable monstre, être sanguinaire et qui se déteste lui-même pour ses actes mais également pour le fait qu'il n'atteindra probablement jamais la renommée et la popularité que son père, un ancien général mort au combat, possédait. La psychologique du capitaine Vidal est donc assez fouillée. Il est avec Ofélia, le véritable personnage central du film. L'un représente le mal et l'autre l'innocence. Les autres personnages sont nettement plus secondaires. Carmen, la mère d'Ofélia, est la personne qui tente de faire prendre conscience à sa fille que les contes de fées n'existent pas et que plus vite elle s'en rendra compte, moins elle en souffrira. Mercedes, la servante, joue un double jeu mais elle est très importante pour Ofélia car elle a un rôle très protecteur envers Ofélia.
Il est également très important de souligner que le Capitaine Vidal représente le fascisme et est probablement le plus grand monstre du film, bien plus que tous ceux qui sont imaginés par la jeune Ofélia. Pour cela, Guillermo Del Toro a son idée quand à la représentation qu'il fait du fascisme par rapport aussi à l'innocence que représente la jeune enfant: "À mes yeux, le fascisme est une représentation de l'horreur ultime et c'est en ce sens un concept idéal pour raconter un conte de fées destiné aux adultes. Car le fascisme est avant tout une forme de perversion de l'innocence, et donc de l'enfance. Pour moi, le fascisme représente en quelque sorte la mort de l'âme car il vous force à faire des choix douloureux et laisse une trace indélébile au plus profond de ceux qui l'ont vécu. C'est d'ailleurs pour cette raison que le véritable monstre du film est le Capitaine Vidal, qui est incarné à l'écran par Sergi Lopez. Un monstre bien réel comparé à ceux qui évoluent dans le labyrinthe. Le fascisme vous consume à petit feu, pas forcément physiquement, mais au moins spirituellement."
Mais le plus intéressant réside au fond dans la fin du film. Bien que l'on sache dès le début ce qu'il advient d'Ofélia (certains jugeront que c'est un défaut et qu'alors, l'oeuvre de Del Toro ne vaut donc pas la peine), la fin est réellement porteur d'un message d'espoir. Les rêves d'enfants, leurs croyances pour les contes de fées sont, pour Del Toro, essentielles. Cela leur permet d'avoir un éxutoire, un échappatoire au monde cruel qu'est celui des hommes. Au point même que la mort de la jeune enfant, aussi terrible soit-elle, ne lui semble pas si dramatique, car perdue dans ses rêves, elle sourit alors qu'elle va passer de vie à trépas. Del Toro tient un discours assez paradoxal: l'imagination des enfants est importante mais éphémère et qu'un jour ou l'autre un "retour" brutal dans la réalité se fera. Cependant, ceux-ci sont nécessaires car ils leur permettent d'échapper au tracas du monde des humains.
Du côté des acteurs, il y en a deux à retenir. La Jeune Ivana Baquero, tout d'abord, qui est tout bonnement extraordinaire dans ce rôle assez difficile pour une jeune enfant. Ensuite, et probablement le meilleur de tous dans ce casting hispanique. Il est tout bonnement incroyable dans ce rôle du capitaine sanguinaire. Mais dans l'ensemble, tous les seconds rôles sont parfaits.
Del Toro signe à la fois une oeuvre aussi belle que cruelle (certains passages étant très violent), un véritable conte pour adultes, un film qu'il voulait réaliser aussi depuis très longtemps. Del Toro vient de réaliser son chef-d'oeuvre et le public ne s'en plaindra pas...

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