Chef-d'oeuvre oublié ou la tragédie de la mémoire collective

Avis sur Le Livre de la jungle

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Bien avant les animaux en images de synthèse, avant même le dessin-animé Disney bien connu, il y avait une première adaptation de l’œuvre de Kipling largement oubliée aujourd’hui. Et quelle injustice ! Car Le Livre de la jungle version Zoltan Korda parvient à marier la magie d’une jungle picturale avec la brutalité de la société humaine peinte ici dans ses travers les plus noirs, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre. Ce qui passionne véritablement devant cet exceptionnel long-métrage c’est sa propension à construire son protagoniste principal comme un personnage de Shakespeare, tiraillé entre deux origines, deux familles, deux modèles qu’il finira par trancher en vertu du plus paradoxalement humain, le modèle animal où règnent honneur et loyauté. Il faut venger la mort d’un père, faire couler le sang tout en veillant à respecter les sanctuaires et leur gardien ; ainsi Kaa se mue-t-il en mémoire vénérable dans une scène magnifique à la fois touchante et imposante. Les décors splendides qui donnent vie à une jungle plus vraie que nature servent d’écrin dans lequel se meuvent des animaux qui interagissent directement avec les acteurs, conférant ainsi une impression de véracité qui emporte tout. Un travail colossal, donc, qu’une réalisation avant-gardiste consacre grâce à des plans ahurissants de maîtrise – les scènes sous l’eau, la palette graphique lors de l’incendie notamment, la juxtaposition de l’animal et de l’homme via le montage – et divinement inspirée. Le Livre de la jungle version 1942 tient du prodige et rappelle, plus de soixante-dix ans plus tard, que la magie du cinéma naît non pas d’un logiciel d’ordinateur mais d’une osmose entre un acteur et le milieu avec lequel il interagit.

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