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Le Loup de Wall Street par Stuff90

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Martin Scorsese signe ici sa cinquième collaboration avec Leonardo DiCaprio et il est vrai que le tandem a souvent bien fonctionné! Sans s’attarder sur la réussite de Shutter Island, les plus critiqués Gang of New York et Aviator qui m’ont beaucoup plu et je ne reviens même pas sur The Departed qui est un de mes films favoris (promis, je vais regarder Infernal Affairs prochainement!). M. Scorsese connait donc bien sa star, peut être pas aussi bien que De Niro c’est vrai mais il ne nous est pas permis d’accabler sans raison le dernier bébé du réalisateur New Yorkais.

J’étais au départ très emballé par l’idée de cette nouvelle collaboration entre les deux hommes mais la bande annonce m’avait laissé un peu plus circonspect. Ne connaissant pas le livre ni même l’histoire dont le film est tiré, je n’avais pas de préjugés sur le personnage ou le monde dans lequel il évolue mais le côté “teen movie” bien installé dans les premières images et trailers disponibles me faisait un peu peur. Et je dois dire que le résultat a confirmé mes craintes.
Avant de revenir sur les excentricités du monde de la bourse et la façon dont Scorsese nous les transpose à l’écran, je dois tout de même saluer la première partie du film qui nous présente le jeune Jordan Belfort plongeant à corps perdu dans le monde volubile et si incertain des traders de Wall Street. Tout ce parcours didactique somme toute classique pour le maître Scorsese est très réussi et notamment la séquence des percussions pectorales au restaurant avec le courtier senior (Matthew McConaughey) qui est à la fois très drôle et lourde de sens tant elle montre à quel point cette profession répond à des codes aussi peu humanistes que déjantés.

Une fois le tableau posé, nous passons à l’histoire véritable de ce Jordan Belfort qui, suite au black monday, se retrouve sans travail ni scrupules à errer dans les bas fonds des marchés financiers et où il rencontrera finalement le succès. Et c’est à ce moment là que tout bascule. Nous nous retrouvons face à une description en patchwork plutôt positive car définitivement cool du personnage de Jordan (on comprend donc la polémique autour du film, mais c’est un autre débat). Il nous est décrit rapidement ce qu’il fait et comment il arrive à s’enrichir au détriment des petits actionnaires en utilisant des méthodes de ventes plus qu’aggressives. Mais comme je le disais, tout bascule car passé ce moment là on ne découvrira pas les dessous des arnaques financières ou les astuces honteuses de notre brave Jordan pour s’en mettre plein les fouilles car on ne voit plus à l’écran que les soirées et nombreux excès du jeune trader. Et même si c’est une partie intégrante de la vie du personnage, pourquoi avoir autant insisté dessus ? nous n’avions pas besoin de voir cinq orgies d’affilées pour comprendre que c’est une habitude dans le milieu. Tant et si bien que le reste de la vie de “Wolfie” n’est que survolée et on reste un peu sur sa faim d’arnaques financières alambiquées.

Et au final c’est ça Le Loup de Wall Street, des images de fêtes et de débauches à n’en plus finir et même lors de la conclusion du film où il se fait finalement arrêter, car en définitive ce n’est qu’un arnaqueur, on ne comprend pas immédiatement pourquoi ni dans quelles conditions (c’est une opinion personnelle en tant qu’absolu néophyte des sphères financières). Cette fin paraît même un peu brouillonne, n’ayant pas lu le livre je ne peux juger si cela est une tare hérité de l’ouvrage ou si le trop plein de drogues et d’alcool à l’image a conduit à un bad trip final chaotique.

Une autre chose m’a également frappé, c’est l’absence de différences visibles entre Jordan Belfort jeune courtier débutant et Jordan Belfort associé d’une grande société de courtage. Je ne pense pas qu’il ait vraiment beaucoup vieillit entre ces deux états mais là différence n’est pas du tout évidente et la chronologie du film demeure très floue. On est incapable de même deviner combien de temps s’écoule entre deux étapes de la vie de Wolfie. C’est d’autant plus étonnant que Martin Scorsese nous a proposé de remarquables exemples d’une chronologie réussi dans sa filmographie (Raging Bull pour ne citer que celui-ci). Je dois dire que ce constat me laisse à penser que ce bon vieux Leo n’était peut être pas le meilleur choix pour incarner Jordan Belfort. Je suis convaincu que le comédien s’épanouit mieux dans des rôles plus torturés où la folie y est mélancolique plutôt que dans l’hystérie exhubérante à laquelle il s’adonne dans le film. Observation à débattre bien sûr car il reste très bon dans son rôle, ne le cachons pas. C’est DiCaprio tout de même !

Au final, nous avons donc un film de près de trois heures sous le joug du trio d'anthologie Sex Drug and Rock’n Roll qui nous prive de profondeur pour un sujet qui s’y prêtait. Dommage donc d’avoir fait si long pour si peu de choses finalement. Je tiens néanmoins à saluer la mise en scène qui reste très précise et tout à fait maîtrisée sans pour autant différer des habitudes de Scorsese. Bon nombre de plans nous feront penser à ses autres créations mais cela n’a pas été fait au hasard et s’inscrit bien dans le thème et/ou le rythme du film. Ce n’est donc pas un mauvais film mais ça n’en fait pas une oeuvre incontournable non plus, il est divertissant malgré ses longueurs et ne s’inscrit pas, à mon sens, dans les “grands films de Scorsese”.

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