Un film malade de lui-même

Avis sur Le Loup de Wall Street

Avatar Film Exposure
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Tout commençait pour le mieux. Un splendide champ-contrechamp entre DiCaprio et un McConaughey pathétique (qu'on ne reverra plus...) qui m'y aura fait croire l'espace de quelques minutes. Malheureusement, la suite est une succession et une accumulation d'outrances et de débauche à la limite de la complaisance. Pendant près de 3h00, Scorsese semble prendre un certain plaisir à filmer un monde d'excès. Il souffre un peu du syndrome "Spring Breakers", dans le genre : la critique d'un monde par l'image qui met tout en place pour permettre la fascination. Sexe, drogue, obscénité; voilà donc le quotidien de ces traders. Le gros problème, c'est qu'en dehors de DiCaprio (qui transforme le film en one-man-show) les personnages ont de la peine à exister (insupportable Jonah Hill qui donne au film des airs de "Hangover"). Aucun attachement, aucune ampleur dramatique... Qu'il est loin le magnifique parcours d’ascension-chute-rédemption d'un "Casino" ou d'un "Goodfellas" (et je ne parle même pas de "Raging Bull"). L’intérêt qu’avait manifesté Scorsese pour le milieu était pourtant compréhensible, voire logique. Les cols blancs (qui ont mené l’Amérique à la crise qu’on connaît) ont désormais remplacé les mafieux des décennies précédentes. Le plus triste dans l’histoire, c’est que le film lui-même finit par tomber dans cette débauche : la scène de la tempête en mer, l’une des pires séquences de sa carrière, est inutile en plus d’être incroyablement ratée. Quant au personnage incarné par Dujardin (qui fait peine à voir tant il parodie son propre jeu), il représente à lui seul la difficulté de Scorsese à passer d’un ton à l’autre.
Au final, les moments les plus forts sont ceux où Scorsese filme la meute de ces loups enragés et obsédés par l’argent dans de magnifiques travellings au ras du plafond. Mais, alors que l’émotion devrait surgir (bordel on l’a attendu ce plan dans le métro !), dans les dernières minutes, on se dit qu’il est bien trop tard. Et le destin de DiCaprio n’a pas le centième de la puissance évocatrice et de la tristesse d’un Pattinson dans "Cosmopolis" qui assiste à la chute du monde qu’il gouvernait. "The Wolf of Wall Street" aura donc permis de confirmer la grande forme technique de son réalisateur (le montage est dément) mais est avant tout un film malade de lui-même.

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    Illustration Films (re)vus en 2013

    Films (re)vus en 2013

    Avec : The Rocky Horror Picture Show, Baby Cart 1 : Le Sabre de la vengeance, Hannibal, Reservoir Dogs,

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