Le loup et sa meute.

Avis sur Le Loup de Wall Street

Avatar Lucas_Pellarin
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C'est un long-métrage "coup de poing" au bon sens du terme.
Cette fresque de trois heures courtes et fatigantes décrit le périple du courtier en bourse Jordan Belfort ou plutôt du courtier en "course". Comme l'affirme son ancien patron incarné par le comique mais inquiétant Matthew McCONAUGHEY, frappant sa poitrine en guise de tambour et d'adrénaline, le corps est changé par les esprits forts mais surtout par la drogue et ses réactions stimulantes. Ces courtiers deviennent des bêtes, chassant leurs proies, leurs clients écoutant ce que leur conseille Leonardo Di CAPRIO, un gamin surexcité déclarant des canulars à travers le combiné d'un appareil. Le loup est malin mais dit-il véritablement la vérité lorsqu'il fait pleurer son troupeau d'opérateurs du marché à la manière surjouée d'un showman sur scène ? Nous savons tous que ces innombrables manipulations ont existé et existent encore aujourd'hui mais l'infatiguable Martin SCORSESE nous le rappelle atrocement dans sa mise en scène au rythme effréné.
Ces êtres humains au futur prometteur s'abandonnent néanmoins dans une animalité folle, se mangeant entre eux comme nous le montre magistralement Jonah HILL dans une scène mémorable par son absurdité : ce second de Jordan mange un poisson vivant et donc un autre animal plus petit représenté métaphoriquement par son propriétaire timide, (et sobre surtout) l'aquarium à la main mais un papier de licenciement à l'autre vers la fin de cette séquence.
Lors d'une fête bien chorégraphiée entre des prostituées et un autre genre de "clients", le réalisateur filme la déchéance humaine à la façon d'un opéra moderne.
Un long plan rapproché au ralenti d'un HILL drogué, lors d'une fête, résume cette descente dans la débauche accompagnant au rythme d'un ballet, la voix off chaleureuse de Di CAPRIO qui nous explique naturellement (ce qui n'est donc pas naturel et relève parfois du surréalisme) les effets d'une substance illicite.
Mais ces machines à fric entraînent le mauvais jackpot et le montage rapide mené par Thelma SCHOONMAKER (lié au domaine du clip Tv et à celle de la publicité que connait bien notre Marty d'après ses anciens travaux comme celui de "Bad" avec Michael Jackson) finissent par se ramener simplement mais efficacement au plan le plus long du film : d'un Belfort tentant d'accéder à sa ferrari, rampant péniblement à cause de cette surdose de drogues et de mauvaises affaires qui traînent derrière lui. On rit jaune face à une portière de ce véhicule somptueux qui s'ouvre et qui désequilibre le trader au pied coincé dans sa propre richesse.
Le cinéaste dénonce sans arrêt les procédés peu élogieuses du monde de la finance mais il le fait toujours en appuyant par la suite cette touche subtile de pitié que l'on ressentirait face à ce jeune père en perdition et qui kidnappe maladroitement sa fille sous le regard attristé de sa femme.
L'apparition du véritable Jordan Belfort dans le rôle d'un présentateur TV est présente non pas pour un clin d'oeil à l'auteur du livre portant le même titre du film mais pour une poignée de main discrète entre cet homme et un formidable acteur portant son identité à la manière d'une star à la vie cachée mais redécouverte par son public, sa meute : en l'occurence, nous.

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