Prendre la justice à l'envers et voir ce que ça donne

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Septième Art et demi

Runaway Jury a tout pris à l'envers, pour son propre avantage la plupart du temps mais pas tout le temps. Le film est basé sur un roman de John Grisham qui parle d'un procès lancé contre un fabricant de cigarettes à la suite de la mort d'un de ses consommateurs. Même propos dans le film, à un "détail" près : sur le banc des accusés, des fabricants d'armes. Une politisation apparente qui a des racines assez prosaïques : en projet depuis trop longtemps, l'œuvre s'est laissé voler son thème par Révélations (The Insider, Michael Mann, 1999), l'obligeant à en changer.

Pour le reste du "retournement de chaussette", on peut noter que Runaway Jury est un film judiciaire (ce à quoi les Américains sont addicts, mais étant donnée la qualité usuelle de leurs tournages dans les cours d'assises, on ne peut pas leur en vouloir) qui explore les coulisses de la justice. Non seulement les coulisses mais le jury, sa sélection et l'influence des jurés. Bonne idée, mais c'est là aussi que se font ressentir les faiblesses du film : à trop mettre de personnages, les relations entre eux sont complètement négligées, même entre protagonistes principaux. De plus, l'engagement de l'histoire le déleste d'une exhaustivité qui ferait du bien au réalisme : la manipulation d'un procès par des gens aux intérêts ambigus, c'est distrayant mais grotesque en l'état.

À sa défense, Runaway Jury est un divertissement énergique, qui ne laisse aucun répit et sait faire durer des mosaïques d'images intenses et rythmées. Il pense à couvrir, quoique trop brièvement, les côtés émotionnels ; vu la taille du morceau qu'il traite en matière de tribunal, on peut se contenter de ce rappel minimaliste comme quoi les jurés sont humains. Le casting est au top et l'on va lui faire exécuter quelques pirouettes intéressantes : Hoffman ambigu comme il sait bien le faire, Cusack ambigu comme on l'a bien dirigé pour le faire, Hackman méchant parce qu'il sait bien le faire.

Le surpris n'est pas forcément le gentil dans des scènes bénignes comme la casse d'une voiture par son poursuivant à pied ; un plan réalisé avec de la tension là où on ne l'attend pas du tout. C'est beau à voir. Par contre, il ne faut pas compter vibrer pour les enjeux sans être américain (le deuxième amendement qui autorise le port d'arme à tout citoyen, c'est quelque chose de très difficile à aborder pour l'Europe à des niveaux très profondément ancrés dans la culture).

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