Comment expoité le médium dans ce qu'il a de plus authentique - Zerkalo

Avis sur Le Miroir

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Le Miroir de Tarkovski représente pour moi avec stalker une des propositions de cinéma les plus
nobles qui soit, en effet il ne s’agit pas d’une banale adaptation « littéraire/théâtrale » grand écran
mais bien d’un entrelacement de rêve, de réflexions, de souvenirs, de situations du quotidien qui
s’inscrivent elle aussi comme souvenir dans le prisme existentiel d’une famille a la présence
paternelle faible. Un recul du spectateur et de l’histoire sur un vécu fait d’amour, de haine, de
culpabilité, de ressentiment et d’obligations, d’un contexte fait de guerre, d’avant et d’après, les
émotions étant ici le principal moteur du récit.

Ces anathèmes nous sont représentés dans l’enceinte de cette famille réduite et cyclique. Ils
constituent un recommencement de « devinette sans solution » (ref à l’un des monologues), on fait
l’expérience de leur vie comme on la ferait de la nôtre à l’aube de notre décès. L’empreinte de nos
émotions dans nos rêves, nos souvenirs passés et ceux que nous créons au fur et à mesure
constituent l’identité de notre vie et celle des sujets du film, les réflexions que l’on en tire sont issues
des miroirs physiques, concret et ceux (les miroirs) que représentent nos souvenirs et nos rêves.

On voit en permanence ce qu’il reste plutôt de ce qui est, la réaction est plus déterminante que
l’action pour le récit.

On est happé par de grandes fresques que le point de vue, le rythme et la temporalité rendent
immersives à travers une biographie dont la construction et la déconstruction nous offre un sens et
un ordre de lecture à la vie de son sujet, le tout filmé d’un œil voyeuriste et naturaliste.

La primauté est mise sur le fait de ressentir avant celle d’intellectualiser, bordé d’atmosphère unique
selon le modem des différentes scènes de rêves de flashback, de commentaire, de « présent ». Des
paysages sublimés historiques et pertinents, du Bach (BWV 614, BWV 244 aria NO. 39), le tout pour
traduire une narration affranchie des normes usuel cinématographique.

La nature plus concrète et immobile, qui rappel à l’homme son fatum, l’ordre naturel des choses fait
d’un début et d’une fin, ressent à travers la caméra, respire. Certaines scènes et balayage de caméra
me rappel Antéchrist de Lars von trier dans l’idée d’anthropomorphisme de la forêt, animé par le
vent et de longs monologues.

La scène de la femme se lavant les cheveux (scène particulièrement glaçante) a du forcément donné
lieu à l’antagoniste de « Ringu », « the ring ». Bref, le Miroir ne se prive pas d’effrayer et de nous
mettre mal à l’aise, bordé de poésie et de cadre magnifique dont l’influence est selon moi à étudié.
Le miroir est une réflexion, un portail, un constat. Le foyer avec ses accidents : la structure
inconsciente de notre identité, l’identité d’une vie faites de rêves et de souvenirs.

Une expérience cinématographique à vivre et subir au moins une fois.

“Many parts of the modern film serve no other purpose than that of explaining to the viewer the
circumstances of the film’s action. In the cinema one need not explain, but one must directly affect
the emotions. The awakened emotion then moves thoughts forward. I am seeking a principle of
montage which would permit me to show the subjective logic—the thought, the dream, the memory—instead of logic of the subject. I am looking for a form which derives from the situation and
the psychic condition of man—that is, from the factors that affect human behavior. This is the first
condition for the presentation of psychological truth. Thus, in my films, the story is never of great
importance. The real significance of my works has never been expressed through actions. I try to
speak of what is most important…[]”

-Andrei Tarkovsky, Interviews, page 92

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