Un peu facile, mais c'est juste!

Avis sur Le Monde de Nathan

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C’est un film un peu bizarre à regarder quand on connaît un peu le sujet de l’autisme, et un peu celui des mathématiques, parce qu’on a tout le temps peur des stéréotypes. Et effectivement il y en a dans ce film, avec un personnage autiste qui ne dit presque rien, refuse de serrer des mains, et dont la première phrase dans le film est une voix off annonçant « j’ai du mal à entrer en contact avec les gens ». Autre détail agaçant : quand Nathan cherche une « formule mathématique de l’amour » (comme si les autistes faisaient réellement ce genre de choses, c’est l’idée caricaturée que les autistes ne comprennent rien aux émotions et ne pensent que rationnellement).

Autour des mathématiques, dans le groupe des candidats aux Olympiades, on retrouve les classiques personnalités de surdoués un peu perturbés, inadaptés, et parfois un peu arrogants.

Alors cela peut être un peu agaçant de voir le film s’appliquer autant à dépeindre ce genre de stéréotypes. Mais finalement, le film se rattrape par une certaine justesse, dans sa manière de capturer l’émotion, et parfois de montrer cette tension entre la fascination pour les mathématiques, la volonté de réussir (gagner les Olympiades), et le désir de vivre vraiment, de ressentir l’amour de l’autre. Cela est permis notamment par la performance d’Asa Butterfield, avec son beau visage assez juvénile, presque féminin. Ce rôle lui va bien, il s’impose ici beaucoup mieux que dans Miss Peregrine par exemple.

L’abstraction mathématique est une sorte de refuge qui se cultive : on le voit bien lors du stage de préparation aux Olympiades, l’intelligence se mesure à travers les aptitudes mathématiques, il s’agit d’être le meilleur, comme si cela pouvait compenser l’isolement, l’incapacité à vivre parmi les « gens normaux ». On parle des grands esprits, d’Einstein, de Ramanujan, de Bertrand Russel, ce sont des légendes qui réchauffent le cœur des mathématiciens tristes. On dépose sa sensibilité entre les mains des maths : « les maths sont comme de l’art », « la musique, ce n’est rien d’autre que des mathématiques »…

Le film pose sans manichéisme la question de ce que c’est que la réussite. Il insiste à la fois sur la beauté des mathématiques, et sur leur caractère illusoire et palliatif. Parmi les candidats aux Olympiades, il y a beaucoup plus de garçons (c’est un stéréotype, mais c’est aussi la réalité). Dans cet univers essentiellement masculin, les filles semblent être là pour rappeler qu’en dehors des maths il y a aussi la vie : ce sont elles qui cherchent à créer des liens, à laisser sa place à la sensibilité, au-delà de la simple performance intellectuelle, elles sont une sorte d'anti-autisme.

On pourrait aussi reprocher au film de parfois céder quelque peu à la facilité, et d’être assez prévisible dans sa forme, mais ce serait faire un procès un peu sévère à une recette qui, après tout, fonctionne. L’essentiel est ce fond de justesse qui fait tout le charme du film.

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