Une madeleine de Proust

Avis sur Le Monstre est vivant

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J'ai un souvenir particulier par rapport à la sortie de ce film en 1974. Non pas de l'avoir vu car j'avais 8 ans à ce moment-là et le film était interdit aux moins de 16 ans mais je me rappelle surtout de l'affiche du film placardée devant le cinéma de quartier de mon lieu de vacances à la mer. Une magnifique affiche sordide et dérangeante sur laquelle on ne voyait qu'un berceau duquel sortait une main monstrueuse. C'est pratiquement mon meilleur souvenir par rapport à une affiche de cinéma qui avait réussi à me faire frissonner. Depuis toutes ces années, je n'ai jamais eu l'occasion de visionner ce film que je considérais (à tort) comme une mauvaise série B. Mais c'est avec plaisir et étonnement que j'ai découvert une œuvre interpellante et plutôt réussie, même si datée actuellement.
Le titre original du film "it's alive" fait référence à la célèbre phrase du docteur Victor Frankenstein devant sa créature monstrueuse. L'acteur principal et père du bébé mutant revient sur cette référence dans le film lorsqu'il dit à un policier qu'il a longtemps cru que Frankenstein était le nom du monstre avant d'apprendre qu'il s'agissait en fait du patronyme de son créateur.

Ce film d'horreur traite notamment de la maternité et on pense à des œuvres comme Rosemary Baby (1968) mais aussi à Chromosome 3 de David Cronenberg (1979). Larry Cohen (créateur de la série Les Envahisseurs) s'est totalement investi dans ce projet en partageant les casquettes de scénariste, réalisateur et producteur. Il engage le jeune et talentueux Rick Baker (24 ans à l'époque) qui conçoit les effets de maquillage et ce bébé réellement monstrueux qu'on ne fait qu'apercevoir au début mais qui est montré plus généreusement à la fin du film. Le scénario dénonce précocement les méfaits de la pollution environnementale sur la santé humaine et ses conséquences désastreuses. En message caché, j'y vois une métaphore de la jeunesse différente et "monstrueuse" au regard des parents non préparés à ces changements brutaux. N'oublions pas que nous sommes en 73 et que l'époque est à la mode psychotrope. Il y a également la guerre du Vietnam qui ronge la société américaine et qui fait revenir au pays des jeunes déconnectés. Le film nous présente des dizaines de policiers représentant le pouvoir public, incapables d'arrêter une petite créature engendrée par cette société. Le traitement de l'horreur est moderne pour l'époque, dans le sens où depuis quelques années, l'horreur est devenue contemporaine, contrairement au style gothique de la Hammer qui régnait encore dans les années 60. L'horreur s'immisce aussi au sein du cocon familial comme dans L'Exorciste et nous touche donc particulièrement dans le sens où il est plus facile de s'identifier aux personnages. Comme je l'ai dit, le film est daté et parfois un peu bavard mais plusieurs scènes font encore mouche,

comme cette salle d'accouchement parsemée des cadavres de médecins attaqués par le bébé.

La fin du film est lourde de sens lorsque le bébé est finalement tué mais qu'un policier reçoit un appel téléphonique et déclare "un autre serait né à Dallas".

Oui, franchement, le film vaut le coup, mais il faut savoir rester patient et tenter de se mettre dans les conditions d'un spectateur de cette époque. L'année suivant sa sortie (1975), ce film a gagné le prix spécial du Jury au festival du film fantastique d'Avoriaz, présidé cette année-là par qui? Je vous le donne en mille...

Roman Polanski bien sûr!

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