L'intelligence d'une oeuvre caractérisée par l'incompréhension du public.

Avis sur Le Pacte des loups

Avatar JéJé fait son Bagou
Critique publiée par le

-Tout de même, comment avez-vous pu mêler votre sang à celui de ce sauvage?
- On ne regarde pas comme sauvage l'homme qui partage votre malheur.

Petite parenthèse qui me semble important de rappeler avant d'attaquer.

Le Pacte des loups nous compte une de nos légendes les plus connues sur le globe avec "La bête du Gévaudan", l'histoire d'un animal qui dévora et terrifia des milliers d'hommes, femmes et enfants durant des années. Petit rappel; de l'année 1764 à 1767 la bête aura attaqué et tué plus de 120 personnes et malgré les efforts des troupes royales pour la stopper elle réussira à passer entre les mailles du filet pendant des années jusqu'à rapidement dépasser le stade régional pour devenir un véritable problème national. Le mystère reste encore flou quant à la personne ayant éliminé la bête et ce qu'elle était vraiment.

Un récit loin d'être banal et tellement fort que des siècles après on en parle encore. Une histoire dans sa grande majorité véridique l'autre tenant du fantasme vu que bon nombre de question sont restés sans réponse, ce qui bien entendu à l'époque (et encore aujourd'hui) alimenta le folklore des gens quant à savoir quelle était la créature qui les attaquait tous, un démon, un loup-garou, un ours, un loup, un tueur en série ou la divagation de plusieurs centaines de personnes. Le long métrage répond finalement à cette question et bien que ce film soit une fiction une part de vérité est dévoilée, ce qui le rend encore plus intéressant.

Le film s'inspire donc librement d'un fait véridique aux proportions légendaires ou démoniaques cela dépend d'où on se positionne, made in Français et à partir de la je dis bravo et surtout enfin! Une partie de notre patrimoine prenant des allures fantastiques est adaptée, et il était temps! Enfin, une oeuvre française proposant un arc fantastique historique avec une réelle ambition, une envie claire de démontrer que nous aussi on peut faire des propositions aux allures de gros blockbusters.

Le cinéma fantastique d'action français a enfin trouvé sa référence ! Mais à quoi bon, vu que rien d'aussi osé (ou très peu) n'a été proposé par la suite, chose que je ne comprends pas car le succès fut grandement aux rendez-vous avec un excellent box-office français et même mondial(l'un des meilleurs) et malgré toutes ces années rien d'aussi probant n'a été proposé, c'est à rien n'y comprendre. Nous avons des cinéastes français de talent ainsi qu'un patrimoine vaste, n'hésiter pas à vous en servir pour le cinéma, car les films de comédie ok, mais il ne faut pas avoir peur d'aller plus loin encore.

Un film mal aimé et pourtant bien inspiré.

Le réalisateur Christophe Gans nous présente avec Le Pacte des loups une oeuvre romanesque, et épique absolument non avare en substance et en signification d'une fraîcheur absolue à l'époque de sa sortie (pour le cinéma français) et d'une démesure surprenante rivalisant sans mal avec les productions hollywoodiennes.

L'inspiration du réalisateur est très vaste et variée en choisissant de combiner une explosion de genres artistiques ce qui en fait une oeuvre difficile à catégoriser. Il a si bien maîtrisé son sujet que l'association de tous ces genres fonctionne admirablement bien. Un bardage d'influences hétérogènes qui se polarise sur l'anormal pour traiter le général ce qui assure grandement la surprise du spectacle.

Entre l'histoire vraie; les arts martiaux made in Chinois; l'enquête version Sherlock Holmes occulte; sa texture horrifique; son monstre fantastique; sa dramaturgie touchante; ses personnages marquants(Indien Iroquois, aristocrates français...); son érotisme bien appuyé à coup de rapport incestueux... on fait face à un gros bouquet de genre scénaristique qui offre une production complète. Une démonstration importante due au savoir-faire de son créateur qui démontre sans mal son investissement et sa passion pour le cinéma international.

Le scénario s'appuie sur une enquête tout en suspens retransmise dans un 18e siècle saisissant grâce à des décors, des costumes et des maquillages subtilement et soigneusement choisis afin de nous plonger avec efficacité dans cette trouble époque. La belle lande française est présentée à travers de superbes plans de nos beaux paysages avec ses nombreux brouillards et autres étangs marécageux qui me rappellerait presque le travail de La Hammer. Certains lieux utilisés pour certaines séquences sont d'une minutie de toute beauté, à couper le souffle, le théâtre mis en place pour l'affrontement final en est un parfait exemple parmi bien d'autres.

La mise en scène est soignée et propose des cadres en contre plongé de toute beauté avec une photographie de Dan Laustsen aux petits oignons qui s'est clairement fait plaisir. On ressent le boulot et l'envie de présenter un univers complet et riche pour son lot de protagonistes charismatiques et dramatiquement élaboré. Aucun problème à affirmer que la réalisation de Gans est surprenant d'efficacité et relativement audacieux. Techniquement les divers plans sortent avec force et ingéniosité proposant des jeux d'ombre à l'image superbe toujours appuyée par un contraste très nuancé.

Une séquence très marquante allant dans ce sens, superbement illustrée par ce travail d'ombre apparaît dans la scène sinistre ou l'homme masqué de sa tête de démon (le dresseur de la bête) retire la lame plantée dans le cou de sa créature qui se met à hurler. Un superbe plan parmi tant d'autres.

Les séquences d'action sont dynamiques et percutantes, Christophe Gans saisi avec brio toute la rage et l'intensité des différents combats. Le duel final en est une impressionnante preuve, à ce jour il fait partie de mes combats favoris tous films confondus. Les effets spéciaux sont bons ""pour l'époque"", aujourd'hui ils ont assez mal vieilli mais c'est à mon sens largement pardonnable, car ils réussissent à nous livrer une créature sauvage démoniaque certes pas flamboyante, mais suffisamment marquante.

Les musiques de Joseph LoDuca (compositeur pour les débuts du réalisateur Sam Raimi) sont magnifiques, et il y a énormément à dire dessus car elles sont excellentes et rudement travaillés, parmi le top du top un 10/10 largement mérité!
Elles apportent une vraie plus-value aux déroulés de l'histoire en nous livrant de superbes morceaux musicaux à la fois traditionnel et pop qui marquent grandement et ne passent aucunement inaperçus. Le titre utilisé pour la scène d'ouverture(à écouter entièrement avec les autres pistes) lorsque les deux héros arrivent dans le Gévaudan sous la pluie profonde est absolument géniale. Musique fait à la "Luth" (instrument à cordes pincées voisin de la guitare) avec une tonalité typique de la musique de la région Occitane.
Mais ce n'est pas pas tout on retrouve également bien d'autre symphonie avec des instruments tous plus varié comme la cithare, la bombarde, flûte à bois et même du shofar c'est pour dire la densité de l'expérience.

Le titre "Lady of Winter" (Dame de lhiver) est de loin le plus magique, cette piste existe même avec un chant lyrique merveilleux("Cleansing/Nettoyage") utilisé à la fin du film qui agit comme une voix émouvante dans votre esprit avec beaucoup de mouvance comme un murmure à la fois triste et apaisant; présent également en chanson.
Autres titres à retenir "The Den of The Beast - Mani´s Pyre/La tanière de la bête - Pyre de Mani", "Naming Names/ Le masques tombent", "Savage Duel/Duel Sauvage"...

Les comédiens sont quant à eux marquant d'envergure et super-investie on voit qu'ils s'en sont donné à coeur joie tout du long. À noter qu'aucun n'a eu de doublure pendant les séquences d'action. Ils sont tous plus ou moins charismatique et certains atteignent même le rang de personnage culte!

Samuel Le Bihan est convaincant dans le rôle de Grégoire de Fronsac où je ne l'attendais absolument pas. À la fois touchant et saisissant, je trouve le traitement de son personnage très intéressant. Présenté comme un enquêteur hors pair (naturaliste au jardin du Roi) aux bonnes manières, charmeur et intellectuel durant plus de la moitié du récit, pour le voir ensuite dans la seconde arborer un ton plus grave, charismatique, puissant et meurtrier qui marque l'esprit.
Au départ Fronsac ne croit pas en l'existence de la créature, il appréhende son enquête à partir de la science et non des légendes (ce qui ajoute du crédit). Il met d'ailleurs à l'épreuve ses compétences dans le domaine de la science lors d'un dîner (scène au passage excellente) avec l'aristocratie dans lequel il présente une truite à fourrure bien entendu fausse.
Rapidement la bête devient son problème secondaire la laissant à son bras droit pour se concentrer sur son maître, mais toute la question est de savoir qui il est.

Vincent Cassel perturbe sous les traits cyniques de Jean-François de Morangias. Personnage sadique et dérangeant, il incarne l'un de mes antagonistes cinématographiques préférés. Il possède une véritable présence malsaine et habite totalement son personnage. Loin d'être platonique, ni caricatural, il est très nuancé avec un esprit perturbé, souffrant d'un mal mystérieux qui entretient un véritable mysticisme autour lui. Que ce soit son costume, son masque, son pistolet à balle d'argent (fait historique), son bras diabolique, son épée en os...tout est méticuleusement fait. Tout cela alimente le background et le folklore autour de son personnage occulte, satanique et profondément tragique.

Mark Dacascos est certainement le protagoniste le plus impactant dans la peau de Mani l'Indien Iroquois acolyte, ami et frère de sang de Fronsac. Aussi bouleversant que badass dans lequel il parle peu mais fait tout passer par sa présence et son envergure. L'acteur est parfait et réussi à apporter un aspect envoûtant et mystérieux se démarquant relativement des autres, certainement son meilleur rôle. Je précise que durant le long métrage il porte une peinture de chasse noire lors de la traque de la bête magnifique!

Émilie Dequenne alias Marianne soeur de Jean-François, que j'ai découverte pour la première fois ici, est pas mal du tout. Elle apporte une réelle douceur et une touche de romance au récit.
Vient enfin Sylvia (Monica Bellucci), qui est juste "Waou waou". À la fois envoûtante de sensualité et cruelle elle amène beaucoup d'érotisme mais aussi de nuance en tant qu'agent secret face au confrérie vaudoue. Son costume noir ainsi que son éventail sont splendides, je regrette juste c'est qu'on ne l'est pas vu plus que ça en action dans son rôle d'espionne "Made in moineau rouge".
Mention spéciale à Jérémie Renier et Jacques Perrin qui incarne le même rôle du jeune Marquis à deux époques différentes, il est le conteur de l'histoire.

Le Pacte des loups propose également beaucoup de séquence que je considère comme épique. L'un de mes préférés étant...

...celle ou Fronsac(Le Bihan) apparaît en haut d'un bâtiment en ruine et saute en faisant un retourné acrobatique sur lui-même en atterrissant avec beaucoup de classe un genou à terre le regard lancé vers le sol tout en dégainant ses deux épées qu'il fait tournoyer sur elles-mêmes. Et JF de Morangias(Cassel) qui dit au même moment, "Amen".
Brrr j'adore cette scène.

La narration elle même est super bien pourvu, les répliques n'étant pas en reste comme l'une de mes préférés entre Cassel et Le Bihan;

-Ton fantôme que tu es...(il retire sa cape)...je vais te couper...(il dégaine son épée)...tu vois tu n'auras plus besoin de retenir tes coups.
-Je n'en'avais pas l'intention.
-Trop tard Fronsac la bête est immortelle maintenant.
-Elle peut-être, mais pas toi (le duel commence).

Enfin je terminerais par le message final dressé par le réalisateur qui est profondément tragique. Beaucoup l'ignorent mais la vision de fin optimiste entre Fronsac et Marianne partant dans un voilier au soleil couchant n'est rien de plus que la vision fantasmée du Marquis qui avant de se faire pendre ou brûler repense en bon terme à ce qui serait advenu si elle aurait survécu. Car oui malgré la fumée magique du bracelet de Mani, la demoiselle ne se réveille pas. C'est Christophe Gans qui le précise en voix off en commentant son oeuvre. Il a posé la version positive imaginée par le Marquis pour laisser un contraste moins amère de cette funeste et morbide vérité. Pourtant en s'y arrêtant un peu deux messages étaient bien là pour confirmer les dires du réalisateur.

En effet juste avant de mourir Jean François de Morangias précise bien à Fronsac deux choses importantes:
Venant de se faire trancher la gorge par le héros, JF en essayant de récupérer son épée hurle "Marianne regarde!" puis il se prend le coup final. Fronsac lui précise "Marianne n'est pas là pauvre fou" et JF enchaîne "Tu nous as uni à jamais chevalier", puis il meurt.

Je pense que le message est assez clair et pourtant je me suis fait avoir. Lorsque j'ai appris du commentaire du cinéaste la réelle fin cela à changer positivement ma perception du film.

CONCLUSION:

Le pacte des loups c'est le travail ambitieux, audacieux et démesuré de Christophe Gans qui prouve son talent indéniable à livrer des oeuvres divertissantes et riches en substance et autres technicités. Un déroulé de séquence épique appuyer par des personnages iconiques superbement joués, des musiques grandioses, une mise en scène dingue et une photographie autour des décors et des costumes géniaux. On éprouve un réel plaisir à voir ce long métrage brasser avec bonheur les genres cinématographiques. Un véritable chef-d'oeuvre certes pas sans défaut mais qui mérite à mon sens bien ce titre.

Un film brillant, terriblement brillant !!!

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