L'indéfendable

Avis sur Le Parrain

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Je suis un peu fou de m'attaquer à un aussi gros morceau, et j'ai bien conscience que beaucoup de gens s'y appliquerait bien mieux et plus justement que moi, mais je me permets parce que ce que je vais écrire ici, j'ai vu personne le dire ; alors je vais malgré tout tenter d'expliquer rapidement mon problème principal avec Le Parrain...

Pour commencer par l'évidence : le film est réussi ; pire, il est parfait. Il est parfait, en tant que pure proposition de cinéma. Pur cinéma.

Et, voilà où est mon problème en fait, tout bêtement... Même si certains tentent de justifier leur amour pour ce film en y collant des "lectures analytiques" sur l'héritage, la transmission de la violence ou je sais pas quoi, on va pas se mentir, c'est pas pour ça que le film plaît ; ce qui intéresse les cinéphiles ne se trouve pas là : c'est dans sa réalisation millimétrée, son écriture réglée à la phrase près, construite comme une tragédie grecque, son montage qui donne parfois des frissons (incroyable séquence du baptême!), le sound design (il est le premier film à en bénéficier, Walter Murch ayant inventé le concept pendant la post-prod, rien que ça...), et son casting cinq étoiles(millions de dollars)...

Commençons par là ; Brando incarne peut être à lui seul ce qui plaît aux cinéphiles et ce qui ne me plaît pas : Brando, l'acteur à un million de dollars semaine, joue faux, il s'en fout, il ne veut pas jouer vrai, comme un vrai parrain de la mafia, il veut jouer comme un acteur, comme un acteur jouant un personnage. Sa performance ne se veut nullement réalise ou naturaliste, mais purement cinématographique... Tout le film est à mon sens construit sur ce principe : rien qui déborde, rien qui dépasse un peu, tout est cadré, rien que des répliques qui claquent, des enjeux narratifs, cette teinte ocre classico-académique et cinématographique par excellence, bref, pas de vie, pas même une tentative de la répliquer, rien que du cinéma.

C'est pour ça que je préfère les films de Coppola des années 80 : parce qu'il y prend un virage à 180, et au lieu de films posés(eurs) et académiques, laisse aller les idées formelles les plus bordéliques, ce qui m'intéresse parce que la profondeur esthétique rejoint la thématique, cette folie libératrice formelle c'est celle de la fougue et la révolte de la jeunesse sacrifiée de Rusty James et du survolté The Outsiders (à mon sens son meilleur film de ceux que j'ai vus), c'est des films qui respirent, mieux, qui halètent en pleine course, alors qu'on n'oserait pas bailler un peu trop fort devant le Parrain...

Bref, c'est un film dans ce qui se fait de plus artificiel et « cinématographique », ce qui est évidemment un choix volontaire et assumé, que je respecte, mais ça ne me parle pas, j'aime le cinéma lorsqu'il laisse déborder la vie, pas quand il tente de la contenir et de la régler pour correspondre à ses propres critères plus ou moins arbitraires.

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