Mes potes Steven, Tom et Fenzy

Avis sur Le Pont des espions

Avatar Step de Boisse
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J’aime Spielberg depuis septembre 1981, mois de la sortie des Aventuriers de l’arche perdue. C’est mon (bon) oncle d’Amérique. Un gars qui a fait fortune ; trois milliards de dollars ; mais qui sait le faire oublier, ne manque pas de citer ces camarades et déplore le tumulte que suscite son œuvre. Ce cinéaste de génie, digne héritier de John Ford, égraine depuis 42 ans les succès (30 opus à ce jour), alternant blockbusters et productions plus intimistes, jouant aussi bien de la comédie et que du drame historique, dévoilant autant son âme d’enfant (E.T., Tintin ou Le BGG) que sa part de ténèbres (Les dents de la mer). Spielberg se pose en bonne conscience de l’Amérique, déroulant son Roman national, c’est le Michelet du Nouveau Monde : de Lincoln à la Seconde Guerre mondiale (1941, Empire du soleil, Le soldat Ryan, La liste de Schindler), en passant par l’esclavage (La couleur Pourpre et Amistad) et la Grande guerre (Cheval de guerre). Oncle Steve vieillit bien : le poil grisonne, mais le sourire demeure mutin. Il s’attaque à la Guerre froide. La CIA confie à un talentueux avocat la défense des intérêts de Rudolf Abel, un maître espion soviétique. Il sauvera sa tête, puis ira négocier à Berlin son échange contre un pilote retenu en Russie.

La reconstitution historique est parfaite. Si les voitures sont trop neuves, vous apprécierez les intérieurs, les ampoules de flash et les détails du cockpit du U2. Vous retrouverez les codes des années 50 : le rock, les grosses bagnoles et les flirts, ceux de l’heureuse et insouciante série culte Happy Days, de Garry Marshall (merveilleux Fonzy joué par Henry Winkler, le gars qui a abandonné le rôle principal de Grease à Travolta). Attention, le ton est plus sombre. Il pleut à verse. Il neige. Le réalisateur joue habilement avec les cadrages d’Orson Welles et de Carol Reed. Diplomates, militaires et espions des deux bords rivalisent de duplicité et de fanatisme. Les instituteurs préparent leurs élèves à l’apocalypse nucléaire. Les plus excités exigent la peau d’Abel, voire celle de son avocat. La CIA tient à récupérer Gary Powers (Austin Stowell) avant qu’il ne craque, tout en déplorant son manque de courage, comment a-t-il pu se laisser capturer vivant ! Il ne recevra la Silver Star qu’en 2012, à titre posthume. Le prétendu colonel Rudolf Abel est admirablement joué, tout en retenue, par Mark Rylance. S’il souhaite rentrer en pays, il ne se fait aucune illusion sur la chaleur de l’accueil, il aura du mal à convaincre ses paranoïaques supérieurs de son honnêteté : « Would it help ? »

Habilement, le scénario ne dit rien de la vie d'Abel. Pourtant, William Guenrikhowitsch Fischer mériterait un biopic. Allemand, né en Angleterre, il gagne la Russie en 1920 pour être recruté par le Kominterm. Il sera espion ! Il opère, sous diverses identités en Norvège, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Turquie, Pologne dans les années 30. Il sera l’opérateur radio des Cinq de Cambridge. Il est limogé, mais sauve sa tête, lors des purges staliniennes. Après avoirs repris du service en 1941, il débarque en 1948 aux Etats-Unis pour créer son propre réseau. Il ne sera pris qu’en 1957, trahi par l'adjoint dont il avait demandé le rappel.

Un mot enfin sur le héros ! Tom Hanks (né en 1956) est l’anti Tom Cruse (1962). Autant le second, tel Dorian Gray, ne vieillit pas, ce qui semble augurer la supériorité de la Scientologie sur toutes autres cures de rajeunissement. Autant le visage du premier porte les stigmates des péchés de notre temps. Le juvénile et filiforme jeune homme de Splash ou de Forrest Gump, s’est métamorphisé en pitbull. Un Winston Churchill, en plus grand, le verre à whisky d’une main, le cigare de l’autre et le « no sport » aux lèvres. Il ne court plus, mais arpente pesamment Berlin. Il grogne, grommelle et bougonne, toujours avec talent.

Steven, les deux Tom et Fenzy sont mes amis… pour la vie !

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