Le pont patriotique des peuples

Avis sur Le Pont des espions

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Le Pont des Espions marque par ses balbutiements, par le tâtonnement de son protagoniste principal que le film retranscrit par sa mise en scène, nous rappelant ainsi que l’espionnage, tout comme la quête pacifiste, s’opèrent à l’ancienne : un numéro noté sur un vieux bout de papier, un message caché dans une pièce creuse, un coup de téléphone libérateur attendu jusqu’à l’épuisement. On voit donc la négociation froide d’une guerre froide mais menée à des fins chaleureuses et humaines, soit la perspective d’une entente voire d’une paix entre les puissances. Malgré un final quelque peu appesanti par la grandiloquence et la composition musicale de Thomas Newman aux accents patriotiques trop appuyés, le film parvient à un savant équilibre entre le miroir dressé contre l’Amérique dans lequel se reflètent une haine contraire à la Constitution donc aux fondements américains et l’aventure d’un homme qui, contre vents et marées, avance au nom de la justice. Spielberg revient à la source du patriotisme et rejette le fanatisme aveugle qu’un peuple – et les médias qui l’alimentent – nourrit à l’égard d’autrui. Le travail de la lumière est par ailleurs d’une intelligence redoutable, plongeant Donovan dans l’obscurité lorsqu’il est sous les feux des projecteurs pour l’imprégner de lumière quand il triomphe intérieurement, en parfait accord avec ses principes ; le mariage des deux s’opérant dans la fin lumineuse, cette vitre de tramway pleine de lumière mais obstruée de part et d’autre par l’ombre, annonce des sacrifices réalisés et de ceux qui seront à faire par la suite. Le travail de la tension se construit dans un vaste crescendo dramatique et rythmique remarquable que la musique ne porte pas assez ; il manque peut-être John Williams à la baguette, bien que Thomas Newman demeure un excellent compositeur mais guère habitué à la poétique (et aux subtilités) de Spielberg. En somme, Le Pont des Espions consacre Steven Spielberg et Tom Hanks historiens d’une Amérique confrontée à son patriotisme problématique, porte-étendards d’un patriotisme assaini en respect profond avec les origines humanistes de la grande Amérique. Fiers de leur pays ils le sont ; on ne saurait le leur reprocher.

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