"Ainsi va la vie, a bord du Redoutable"

Avis sur Le Redoutable

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Il n'est pas aisé de vivre une vie paisible au côté d'un cinéaste reconnu et adulé de tous.
Jean Luc Godard. Qui est Jean Luc Godard ou plutôt qu'est donc Godard?
Hazanavicius, réalisateur du "Redoutable Godard" s'attarde sur une partie de la vie de l'un des plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma. Quoi qu'on en dise, que ce soit l'homme, l'artiste, le cinéaste, le politique... ce dernier a profondément marqué l'industrie en son temps et est devenue une source d'inspiration pour beaucoup. Grossière erreur que de penser que nous allons regarder un énième biopic, sans âme, qui retrace simplement les parties importantes d'un homme. En effet, c'est au travers les yeux doux et innocents d'Anne Wiazemsky que Michel Hazanavicius nous dresse le portrait du redoutable metteur en scène. Ils se sont rencontrés en 1966, sont tombés amoureux, sont heureux et décident de se marier. Voilà où commence la descente en enfer de Godard qui commence à se pencher sur la politique en défendant le Maoïsme. Oubliant presque que le cinéma c'est avant tout de l'art et non seulement de la politique.
Confus, perdu avec pour seul point d'attache sa femme, Godard navigue en eaux troubles. Les gens, les amis, les jeunes, la presse ne le reconnaissent plus et veulent qu'il refasse des films "drôles" avec Bebel.
Le film s'articulant autour de 10 chapitres, ayant chacun un titre faisant référence à l'époque, un film du réalisateur... il est question (pour résumer) de plusieurs sketch narrant une routine qui devient petit à petit néfaste pour le couple. Et c'est là que le film fonctionne. Les dialogues sont exquis, rythmés accompagnés de jeu de mots, regard caméra qui faisait la force et la fraîcheur du cinéma de Godard en son temps. Hazanavicius ne se contente pas de réutiliser les codes "Godardien", il les utilisent à bon escient pour des scènes de mise en abîmes jouissive s'adressant directement aux spectateurs. A Cannes, dans la salle, les gens ont rigolé, se sont attachés au personnage de Godard. Pas n'importe lequel, celui de Wiazemsky. Ou encore celui d'Hazanavicius. Il est impossible de reproduire le Godard que nous "connaissons" ou croyons connaitre au cinéma. Superficiel, faux, réaliste, magnifique, artiste, comique, creux... tant de mots qui résonnent en chacun de nous pour décrire ce cinéaste adulé et détesté. C'est un Godard parfois beau, désespérant, joyeux, triste que nous livre le film avec au centre une Anne perdue. Perdu avec l'amour qu'elle porte au metteur en scène mélangé avec la haine qu'il soit aussi haineux face aux flics, politiciens et les cannois. Paradoxe pour cette jeune femme emportée dans les pensées mélancoliques, nostalgiques d'un temps où son amoureux n'était autre qu'un artiste qui dévoilait une nouvelle façon de filmer le désir, les sentiments et la folie des êtres. Comment vivre avec un homme, qui plus est, cinéaste décidant de se consacrer dans une lutte politique où l'amour n'a pas sa place? Godard a le regard voilé par ses lunettes sombres (qui laissent droit à des scènes comiques très réussies) qui ne lui laissent aucune lumière pour profiter et apprécier véritablement l'amour de sa douce femme. Entre toutes les couleurs "folles" de leurs appartements, la rage dans les rues d'un mai 68, aucun des deux êtres ne peut pleinement exister dans la mise en scène d'Hazanavicius qui délivre, sur le plan technique, une grande mise en scène.

Le film est alors critiqué pour un certain manque de fond ou de recul. Le film parle d'un Godard. Pas de notre Godard qui continue encore à faire des films. Ceci est une oeuvre de fiction. Non pas un véritable biopic. Hazanavicius se délivre alors des limites des biographies quelconques que nous livrent les studios. Ce n'est pas le votre, ni le mien, mais celui de tout le monde. Puisque nous pourrons ressentir de la peine, de l'empathie, de la haine, de la colère envers le personnage que nous a concocté Hazanavicius. Ce qui se rapproche alors "par miracle" du Godard que nous "connaissons" tous dans nos vies respectives. Au passage, Garrel tient son plus grand rôle de toute sa "petite" carrière. Un rôle qui lui va à ravir où il peut enfin montrer aux yeux du monde qu'il sait fait autre chose que le bourgeois parisien se lamentant. Bon... c'est un peu une description de Godard que je viens de faire mais il n'empêche qu'il y a un véritable travail d'acteur. La révelation n'est autre que Stacy Martin. Innocente, douce telle une brebis face au Redoutable, son regard en dit long sur les problèmes de couple qu'elle endure.

L'une est jeune, belle et follement amoureuse. L'autre est plus vieux, haineux, révolutionnaire. Voila le portrait d'un cinéaste qui peine à convaincre avec ses nouveaux films et ne laisse aucune place pour sa bien aimée - si ce n'est au lit -. Le film possède un charme, une beauté qui imprègne le spectateur tout en le faisant rire. Nous y voyons les "coulisses" d'un couple perdu et confronté face au statut de l'un.
Inclassable, Iconoclaste, Toxique, Révolutionnaire, Drôle, Géniale, Gauchiste, Brillant, Charismatique, Tragique, Adulé, Détesté, Nouveau, Mythique, Méprisé, Politique, Gourou, Amoureux, Joueur, Enragé, Visionnaire, Cinglant, Surprenant, Méprisant, Hautain, Engagé, Charmant, Manipulateur, Maestro... Redoutable. Voila la vision d'Hazanavicius pour son Godard. Voila ce que vous ressentirez face à lui.
Jean Luc Godard le Mépris arrivant à Bout de souffle en échouant après Pierrot.

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