Godard le fou

Avis sur Le Redoutable

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« A un moment donné, dans Une année studieuse, le livre d’avant, Jean-Luc Godard dit à Anne, après une journée mauvaise qu’ils ont passée tous les deux : « Ainsi va la vie, à bord du Redoutable. » Le film va s’appeler comme ça, le Redoutable. Beaucoup de personnes ont répété en riant : « Comme dit Jean-Luc Godard, ainsi va la vie, à bord du Redoutable ». Il ne l’a jamais dit », confiait Anne Wiazemsky dans une interview accordée à Libération en janvier dernier.

Ainsi donc, le dernier-né d’Hazanavicius (XX, XX) repose dans son titre même sur un mensonge. Enfin, plutôt qu’un mensonge, une illusion, celle-ci étant souvent bien plus séduisante que la réalité. C’est d’ailleurs la leçon que va apprendre, dans la douleur, le Jean-Luc Godard de son Redoutable. Lui veut croire que mai 68 est une révolution et que les étudiants de fervents lecteurs de Marx et Mao. Que les spectateurs veulent voir au cinéma des films politiques sur le Vietnam. La vérité, c’est que les AG sont de joyeux foutoirs et que tout le monde vient lui réclamer « des films drôles, car la réalité c’est déjà pas bien marrant ».

Jouant le jeu à fond, Hazanavicius recycle à l’envie les codes de la Nouvelle Vague et réalise un film-hommage plein de malice et de charme. Son Godard ? Un artiste visionnaire mais aussi un con arrogant. Mai 68 ? Des manifs où les bourgeois viennent s’aérer le dimanche. Son film regorge de clins d’œil et de traits d’humour, mi-absurde mi-grinçant. Notamment dans cette scène géniale, où Louis Garrel dans la peau de Godard discourt sur les acteurs, qu’il méprise, jusqu’à affirmer sans sourciller face caméra qu’« on pourrait faire dire à un acteur que les acteurs sont cons, il le ferait sans problème ».

Dans la chronique rieuse, les nostalgiques du printemps soixante-huitard comme les admirateurs du cinéaste devront donc y trouver leur compte. Les plus sérieux apprécieront, après un début tout en légèreté, le glissement du propos vers les thèmes du couple et de sa chute, qu’Hazanavicius filme avec beaucoup d’intelligence, insistant sur les riens, le changement dans les regards.

Côté casting, si Stacy Martin (Anne Wiazemsky) est certes très belle à l’écran, sa puissance évocatrice et émotionnelle demeure encore limitée. En revanche Louis Garrel se montre très convaincant dans son interprétation du maître, réussissant l’exercice difficile d’incarner sans caricaturer.

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