Cheese-eating surrender monkeys of Azincourt

Avis sur Le Roi

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La première heure peut laisser espérer un bon petit film, doté d’un peu de profondeur. Les jeux d’influence à la cour, les duels en armure et divers rituels et tenues font l’objet d’une description intéressante.

Tout cela s’effrite cependant assez vite et David Michôd ne se contente finalement que de reproduire les plus plates imbécilités du genre. Par genre j’entends celui du film industriel, qui ne s’occupe que de réagencer sans cesse les mêmes codes et les mêmes facilités scénaristiques.

Henri V le gentil roi est un underdog, un poète maudit échevelé, sans brillant ni réputation, qui se hisse au niveau de sa fonction par son courage et son intelligence. Dans un autre temps, il aurait créé sa start up depuis son garage.

Evidemment, il a son antagoniste : le futur roi de France, un sadique à demi mongolien complètement grotesque qui rode près du camp militaire de son ennemi à la recherche d’enfants à égorger, telle une sorcière de conte de fées.

Ce genre de personnage est bien pratique. Il donne l’occasion à un acteur de donner vie à une divertissante caricature, caricature qu’on qualifie souvent de « rôle de composition » et qui lui vaut parfois les honneurs de la profession. Pour le réalisateur aussi, le personnage est bien utile. « Il fallait qu'il soit exubérant et qu'il aille loin (…) Notre récit avait besoin d'un tel personnage » déclare l’honnête faiseur David Michôd. Par son caractère outrageusement maléfique, le personnage permet de mobiliser à peu de frais les spectateurs et de légitimer la colère du héros

Tout ce que l’on peut reprocher au film est là : la facilité, la fainéantise… En faisant un film sur le moyen âge, il ne faut surtout pas dépayser le consommateur, simplement le titiller avec quelques extravagances de langage et de décors.

Comme d’habitude, on ne trouve pas dans ce film un ensemble de personnes égales dans leur propension à suivre leurs intérêts, mais cette dichotomie simpliste entre les valeureux, qui répondent à l’appel du devoir, et les maléfiques, qui complotent pour s’enrichir.

Henri V est un précurseur des droits de l'homme et des conventions de Genève. Totalement étranger aux mœurs de son époque, il est un humaniste valeureux. Quand il est colère, c'est parce qu'on s'en est pris aux n'enfants. Il se jette dans la bataille seul et sans armure. Il harangue ses chevaliers sur le champ de bataille comme un sergent instructeur de bootcamp.

Le film disserte allégrement sur la complexité du pouvoir et l’amour de la sagesse, alors qu’il nous donne à voir des relations humaines qui relèvent de la simplicité enfantine d’un Walt Disney.

Ce qui dissimule ce simplisme essentialisant au spectateur distrait, c’est, comme d’habitude là aussi, la technique du twist, qui permet non seulement de produire de l’émotion à bon compte, mais surtout, de laisser croire au réalisme psychologique et politique quand, en fait, on se contente de redessiner la ligne séparant les valeureux des maléfiques.

Et puis, pourquoi se fatiguer à imaginer l’altérité ? Pourquoi travailler à un portrait convaincant de « l’autre » français, quand la culture anglo-saxonne dispose d’un répertoire anti-français centenaire et prêt à l’usage. Ce film est d’ailleurs remarquable dans sa capacité à signifier quasiment toutes les tares que nous impute la propagande américaine depuis des lustres : la fourberie, le mépris, la dégénérescence, le caractère et les mœurs efféminés… Il ne manquait plus que la lubricité d’un pépé le putois et l’on aurait pu composer un beau portrait de famille.

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