Comme un air de déjà-vu !

Avis sur Le Roi Lion

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Imaginons l'échange que j'aurai pu avoir, en sortant de ma séance, avec Jean-Kevin :

Jean-Kevin : C’est pas vrai que t’es encore allé voir un remake live Disney !

Moi : Mais j’y peux rien moi, ils m’ont pris par les sentiments. C’est déloyal d’utiliser ce film !

Jean-Kevin : Faire un remake live du Roi Lion est déloyal…t’es sur ?

Moi : Mon Disney préféré + N°3 de mon top 10 personnel + film d’enfance… face à ce triple combo je suis impuissant.
Et puis "remake live"… parlons plutôt d’un "remake" en animation photo-réaliste et là encore, le terme remake est presque un abus de langage.

Jean-Kevin : T’exagères pas un peu là.

Moi : Oh si peu ! Alors certes, on n’est pas non-plus sur du copié collé à 100%.

Jean-Kevin : Ah bah tu vois.

Moi : Non on est sur du repompage à 85-90%.

Jean-Kevin : Oui donc il y a des changements.

Moi : Ouais, mais faut les voir ces changements. Et vas y que je te rajoute des scènes documentaires par ci par là (c’est vrai que c’est tellement intéressant de suivre une souris pendant deux minutes), et vas-y que je rallonge les chansons, et vas-y qu’on switch le magnifique discours de Rafiki sur le passé mais par contre on passe 5 minutes à suivre une foutu touffe de poil. C’est quand même génial, il rallonge ce qui est dispensable et enlève ce qui, à mon sens, se devait d’être dans ce film.

Jean-Kevin : Mais comment il développe le cheminement intérieur qui amène Simba à retourner chez lui alors ?

Moi : En gros : Simba entend son père, son père lui dit qu’il est son fils, Simba se dit « et tiens, je suis Simba le fils de Mufasa, et si je retournais chez moi », puis il rentre chez lui.

Jean-Kevin : Sur que c’est moins subtil.

Moi : C’est pas là le problème, le DA ne faisait pas dans la subtilité non plus mais là c’est limite expédié sans qu’on comprenne vraiment ce qui le fait changer d’avis…la discussion avec Nala à la limite mais bon…

Jean-Kevin : Et attends, t’as pas parlé d’une touffe de poil.

Moi : Si si, à un moment on suit une touffe de poil venant de Simba qui va traverser la savane pour tomber entre les mains de Rafiki… et ça dure des plombes en plus. Par ce que oui, ils ont aussi retiré le côté mystique de Rafiki et du film en général, sauf quand ils en avaient besoin car il fallait refaire comme dans le DA, avec la scène entre Simba et Mufasa (N’oublies pas, etc) par exemple.

Jean-Kevin : Pour quoi faire ?

Moi : Soucis de réalisme je dirais, mais bon, quand tu vois que les animaux continuent de pousser la chansonnette assez régulièrement, tu te dis que le réalisme ils l’oublient quand ça les arrangent, notamment quand ça serait trop différent du DA.

Jean-Kevin : Ils chantent ?

Moi : Plus ou moins. Le problème c’est qu’ils ont chopés le syndrome The Voice, comprend bien, il cherche plus à montrer qu’ils ont de la voix (en gueulant donc) plutôt que de chanter.
Cela dit, Jamel chante pas trop mal.

Jean-Kevin : Jamel ? Tu l’as vu en VF ?

Moi : J’ai pas vraiment eu le choix.

Jean-Kevin: Et alors ?

Moi: Elle est franchement pas terrible, l’interprète de Simba enfant est inégal et monocorde une fois adulte, Jean Reno a vraiment perdu de sa prestance en Mufasa et Rafiki ressemble à une mauvaise imitation de Med Hondo… et le reste, ça passe sans être aussi réussi que celle du DA.
Mais pour en revenir aux chansons, perso j’ai trouvé L’Histoire de la Vie complètement gâché, Je voudrais déjà être roi et Hakuna Matata sont passable mais alors L’amour brille sous les étoiles…syndrome The Voice ! Et comme si ça ne suffisait pas : il fait jour pendant TOUTE la chanson !
Quant à Soyez prêtes, elle est sous-exploitée mais la façon dont ils l’ont retravaillé est intéressante.
En fait, il y a un syndrome global : on sent que les interprètes connaissent déjà les chansons et les chantent comme dans un karaoké, ils en font des caisses !
Mais là ce n’est que la partie chant, car déjà que ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable à l’oreille mais faut voir les chorégraphies. Globalement, elle se résume par les animaux qui marchent ou cour. Après tout c’est normal, au vu de l’approche réaliste, recopier les chorégraphies du DA aurait été ridicule mais là, on se retrouve avec des parties musicales rythmées auditivement mais molle visuellement. Ça manque de rythme, c'est mou !

Jean-Kevin : T’es pas non plus en train de danser devant le DA.

Moi : Bah presque, ou en tout cas je chante, je me laisse emporté par la dynamique et le rythme d’un jeune lionceau clamant son envie d’être roi ou de son oncle préparant ses troupes. Ici, je chantonne par nostalgie mais je me fais chier.

Jean-Kevin : Tu t’es fais chier ?

Moi : Bah ouais. Et je ne suis pas le seul, même mon frère n’a pas été emballé.

Jean-Kevin : Bon et visuellement ? C’est quand même un beau pari technique.

Moi : A de ce côté-là, je l’admets. Ce film est une putain de réussite technique. Le degré de photo réalisme atteint, tant pour les animaux que les décors, est juste bluffant et ouvre à des perspectives d’animation vraiment attrayante. C’est sûr, ce film est beau visuellement.
Et forcé d’admettre que le réalisme se ressent vraiment, déjà par certaines séquences de remplissages proche du documentaire, visuellement évidemment mais aussi par certains mouvements de caméras. Mais encore une fois, je trouve que cette recherche handicape ce film plus qu’autre chose, car elle enlève toute émotion aux personnages, quand ceux-ci ne sont pas délibérément mis dans l’ombre (surement pour permettre aux animateurs de souffler un peu) donc forcément, le film devient fade et, en plus, ils n’hésitent pas à contourner ce réalisme quand ils en ont besoin.
Et quand Favreau ne cherche pas le réalisme, il en devient fade dans sa réalisation, à l’image du très mou combat final ou de la mort de Mufasa qui a perdu tout son impact. Il a aussi une fâcheuse tendance à ne pas suffisamment laissé l’émotions prendre, comme quand Simba voit son père mort, scène déchirante dans le DA mais qui ici passe trop vite.
Il n’arrive pas à retransmettre l’impact et la force des scènes, sauf quand il copie plan par plan le DA et même là, face à ce décalquage, je suis resté assez froid.

Jean-Kevin : Tu le compares quand même beaucoup au DA.

Moi : J’ai envie de te dire, on parle peut être du film le plus nostalgique que j’ai vu, une véritable madeleine de Proust offerte aux fans avec une fidélité proche du décalquage. C’est un film qui se base sur l’impact qu’a eu le DA original sur les spectateurs pour tenter de leur faire revivre cette expérience.

Jean-Kevin : Mais sur toi ça n’a pas marché.

Moi : Et non. Pourtant, je partais quasiment sur que j’allais me faire emporter par ce tourbillon nostalgique mais, pour les raisons évoquées plus haut, ce film m’a surtout énervé quoique fasciné sur les réactions qu’ils suscitent.

Jean-Kevin : C’est-à-dire ?

Moi : Et bien j’avoue être surpris des retours que j’ai pu en entendre, notamment leurs diversités. Mais surtout, il montre bien le rapport que chacun a avec la nostalgie : pour certains, c’est ce qui les feront aimer le film, pour d’autres au contraire, ça les fera le détester.
Après, il y a évidemment ceux qui sauront faire la part des choses entre le doudou nostalgique qu’est ce film et ses qualités/défauts intrinsèques, tout comme le DA original qui, malgré l’amour immense qui lui est porté, reste une œuvre avec ses qualités et défauts (certes peu nombreux).
Mais chacun aura un rapport différent avec ce film et ses propositions. Certes, c’est le cas avec n’importe quel film ou œuvre d’art mais ici, ce qui me fascine, c’est de voir l’impact de la nostalgie sur un film et sa réception.

Jean-Kevin : Mais toi t’as pas aimé.

Moi : Ah non, pas du tout. Après, je ne sais pas si je crierais non plus au navet ni même au mauvais film. A force d’être à ce point fidèle, ce Roi Lion 2.0 n’a pas une histoire foncièrement mauvaise…car il la reprend de l’original ; il a de belles thématique…qu’il tirent de l’original (quoique moins bien exploité ici pour certaines), etc
Ce film est du recyclage très poussé donc forcément, il ne pouvait pas être un ratage complet…ou alors fallait vraiment le faire exprès.
Maintenant, chacun jugera de l’utilité ou non de cette réadaptation. Personnellement, je ne lui accorderais que son utilité technique, le reste étant clairement dispensable.

Jean-Kevin : Après fallait s’y attendre, et puis en allant le voir, t’as participé à son succès.

Moi : Eh, on n’est pas sur Twitter ici ! On ne juge pas avant d’avoir vu (mais les a priori sont autorisés).

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