Une ancienne ritournelle

Avis sur Le Roi Lion

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Le Roi Lion, c'est LE dessin animé de mon enfance. Il viendra toujours après Aladdin, après Pocahontas, après La Belle et la Bête. Pourquoi ? Parce que ce film arrive à conjuguer une histoire de fou (une adaptation de Shakespeare, c'est déjà se baser sur un scénario fantastique) et des musiques tout aussi splendides. On saluera Elton John et Hans Zimmer, qui te mettent dans l'ambiance du Roi Lion dès les premières notes, dès les premiers chants de Circle of Life.

Pourtant, à bien y réfléchir, qu'est-ce qui fait le succès de ce film ? Simba ne brille pas par sa déduction (puis il est quand même sacrément moins beau que Mufasa, même s'il reprend pas mal de vigueur dans L'honneur de la tribu), Scar n'est pas si cruel que ça, Zazou a une voix presque insupportable, et l'aveu final de Scar "C'est moi qui ai tué ton père" semble tiré par les cheveux. Et pourtant, voir ce film, c'est toujours une émotion première, une satisfaction enfantine, une bouffée d'oxygène.

Parce que l'histoire réussit à renverser la tendance. Parce que ces détails paraissent insignifiants aux yeux de tout ce qui est réussit à côté, que ce soit en terme de scénario ou d'images, de "prise de vue" ou de rendu émotionnel.
Simba n'a pas cette capacité de déduction qui lui permet de deviner ce dont tout le monde à sa place se serait douté : son père n'est pas mort pas sa faute et la malice de son oncle transpire par tous les pores de sa peau - par tous les poils de son pelage. Mais c'est d'une cruauté folle, si l'on y réfléchit. On accuse un simple enfant d'être responsable de la mort de son père - mais pire, de la mort du roi. On lui balance cette accusation à la figure en lui assurant qu'il va être rejeté par toute la population. C'est un stratagème manipulateur retorse, et qui fonctionne toujours. Lui, il n'a pas eu le fantôme de son père pour lui avouer la culpabilité de son oncle. Il est seul maître de son jugement, et à son âge, on a un jugement faussé par ce que les adultes disent.
Parce que Simba n'a de lion que son apparence. C'est un humain. Tel La Fontaine, Disney se sert des animaux pour éduquer les hommes. Simba est un homme déguisé en lion.

Scar a cette fascinante démagogie - ou réelle utopie - de vouloir concilier lions et hyènes. Il est dans une volonté d'ouverture particulièrement louable ; et pourtant, c'est le méchant. What ? Pourquoi ? Disney ne fait pas que des méchants super méchants ? Y aurait-il autre chose que du pur manichéisme ? Puis sa chanson arrive, avec son analogie à Hitler ("Quel joie d'être bientôt les sujets/De notre nouveau roi adoré") et nous voilà rassurés : non enfin. Scar est un méchant bien méchant, avec sa cicatrice (d'où son nom d'ailleurs) pour montrer qu'il est bien méchant ("mais heu, Albator, il avait bien une cicatrice non ?" Certes, mais là n'est pas le sujet. La cicatrice, c'est le mal, un point c'est tout). Et en effet, il est abruti par l'ivresse du pouvoir. Il se goberge dans sa satisfaction de gouverner, sans plus se préoccuper du bien de ceux qui sont maintenant ses sujets. Et son peuple commence à ruminer, et à se retourner contre lui - on voit les hyènes qui commencent à râler contre leur "nouveau roi adoré", on voit les lionnes qui pâtissent de leur mode de vie. Il s'est floué dès l'instant où il a bâti son règne sur un mensonge - il a écarté son neveu (bon, là on pourra parler autant qu'on voudra de la suprématie de la monarchie de droit divin, qui revient comme de bon au fils martyr qui est forcément le bon prétendant au trône et le bon roi).

Et Simba ? Simba, c'est le contraire. Il se goberge dans l'inertie, avec ses deux potes Timon et Puumba, à grand coup de Hakuna Matata, il vit sans aucun soucis. Aucun. Osef, du royaume qui se meure. Y'a pas de moyen de savoir comment va son monde, sa mère Sarabi ou son amie d'enfance Nala, mais osef complètement, ça le concerne plus. Il est tranquille dans son anarchie, en train de révolutionner le régime alimentaire du lion en se nourrissant de larves, et il s'intéresse à rien d'autre.
Mais il y a une prise de conscience, qui commence avant l'arrivée de Nala, une prise de conscience qui va s'accentuer, jusqu'à vouloir revendiquer sa place au sein de la famille, au sein du royaume. Une prise de conscience pour réclamer la vérité et pour combattre son destin (ce qui sera toute la problématique de Kovu d'ailleurs, "helpless to defy his fate"/"Il ne peut changer sa vie")
Et pourtant, malgré tout, dans chacune des scènes, que ce soit avant, pendant ou après cet épisode, on retrouve toujours cette magie, cette magie dans les dialogues ("Il vit en toi" qui sera le prélude de la sublime chanson d'intro de Tina Turner dans le 2), dans les émotions, dans les chansons (autant Just can't wait to be king, que Can you feel the love tonight ou Be prepared). Dans ce film, on réunit tout. Tout ce qu'il faut pour faire pleurer, tout ce qu'il faut pour faire rire, pour faire peur, tout. Pour faire pleurer, avec la mort de Mufasa naturellement, pour faire rire, un conglomérat de personnages secondaires tous plus géniaux les uns que les autres, de Timon et Pumba à Zazu en passant par Rafiki, et pour faire peur, avec Scar.

Voilà. Ce film, c'est toujours la même émotion, et toujours le même plaisir. Même si on connait tous les dialogues, toutes les scènes, toutes les paroles. Parce que ça fait revivre notre enfance, et parce que ça comble tout le monde.

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