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Le Ruban blanc par corumjhaelen

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Dire du mal d'Haneke, c'est malheureusement plus compliqué que d'attaquer Luc Besson ou Michel Caputo. Parce qu'Haneke, c'est quelqu'un qui a indubitablement une certaine intelligence, une certaine culture, Haneke, c'est une haute idée du cinéma semble--til, c'est le plébiscite de Cannes, c'est l'héritier de Bergman et Dreyer, bref, c'est quelqu'un de sérieux et qui d'une certaine façon aurait tout pour me plaire.

Et il faut le dire, Le Ruban Blanc possède des qualités apparentes et incontestables. La photo noir et blanc et superbe, le travail sonore est d'une grande richesse, et la mise-en-scène est globalement impressionante de virtuosité.

Sauf que. Sauf que le noeud du film, sa justification, comme le souligne lourdement une voix off digne de Darabont au cas où un amateur d'horreurs commerciales se serait par hasard glissé dans la salle - Dieu sait que ces gens là sont bêtes- , est en gros que ces jeunes enfants qu'on éduque de cette façon, ce seront les nazis de demain, défense de rire. Autant de simplisme moralisateur, autant de prétention et de vacuité intellectuelle, applaudi par tant de brillants aéropages, c'est à pleurer. Car voilà, Haneke n'est rien d'autre qu'un papi-la-morale insupportable, qui efait du cinéma pour faire le procès du spectateur, le culpabiliser, et le persuader par une grossière manipulation qu'il est coupable, forcément coupable, ainsi que le reste de l'humanité. Haneke, il faut le rappeler, c'est une conception du cinéma qui l'a amené à faire, et à refaire même, Funny Games - et il faut lire ses interviews à ce sujet, où il explique sérieusement qu'il a fait ce film pour les amateurs de torture porn et leur montrer leur errement, d'où le remake.

Bref, je rejette en bloc cette conception du cinéma et du monde en générale, malsaine, paranoïaque, hideuse, qui ressemble d'ailleurs plus à une posture d'adolescent qu'à l'héritage de Bergman, chez qui le désespoir n'était jamais exempt d'humanité, et n'était jamais un acte d'accusation, mais un questionnement douloureux. Si c'est cela le cinéma devant lequel le spectateur moderne doit s'incliner, que les festivals se doivent d'encenser, car comprenez-vous bien, le sujet est grave et sérieux, et bien il me semble que je n'ai plus qu'un choix : lui tourner le dos.

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