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Le Ruban blanc par zardoz6704

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Un narrateur, qui s'avérera être l'instituteur de ce village allemand, perdu au milieu des blés, revient sur des incidents qui, à l'été 1914, ont troublé la vie quotidienne du village. Le docteur se casse un bras, car un cable a été tendu devant sa bicyclette. Puis la femme d'un fermier meurt d'un accident du travail, et son fils, en représailles, détruit les chous du baron, qui emploie la moitié du village sur ses terres. Sigi, le fils de ce notable, est ensuite retrouvé ligoté et roué de coups, sans se souvenir de quoi que ce soit. Le baron parle lors de la messe dominicale pour dire qu'un être malfaisant opère dans le village, et qu'il faut le trouver.

Mais la vie continue : la fille du pasteur tue son canari par dépit ; l'instituteur se fiance avec une belle apprentie coiffeuse, l'ancienne nurse des jumeaux de la baronne ; le docteur revient, et on (nous, les spectateurs) découvre que c'est un salaud qui fait des attouchements sur sa fille et humilie la sage-femme d'à côté, qui couche avec lui et ressemble à son ex-femme. Plus tard, les actes malveillants reviennent : une grange brûle. Puis une fille confie à l'instituteur avoir rêvé que Karli, le petit mongolien du village se faisait mutiler, et c'est ce qui arrive peu après.

Un jour, l'instituteur voit la sage-femme sortir de chez elle après avoir fermé tous les volets, et lui emprunter son vélo pour aller dénoncer le vrai coupable à la police : son fils mongolien le lui a dit. Mais elle ne revient pas, et lorsqu'on fouille sa maison, on n'y trouve pas Karli. Et l'instituteur se souvient brusquement qu'il a vu les gamins traîner devant les fenêtres quand la mère est parti. Il fait part de ses soupçons au pasteur, qui le crucifie en l'accusant d'être un esprit malade pour avoir de telles pensées. Le film se clôt sans certitude : qui était le coupable ? Le médecin ? Les enfants ? Le pasteur ? De toute façon, on apprend l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et la caméra s'éloigne, par plans fixes successifs, du village dominé par son église, suggérant que ce monde rural immémoriel est amené à disparaître.

Ce qui frappe d'abord, c'est le beau noir et blanc, qui fait la part belle aux textures, et une mise en scène très classique, aux plans lents, qui donnent leur force à l'expression des visages. Autant dire que les amateurs de films d'action peuvent zapper. Le film a aussi, bien sûr, un fort aspect de chronique rurale : on pense évidemment à Heimat, même si cette série court sur un siècle. Il n'empêche, on pourrait voir dans ce film une sorte de prologue à ladite série.

Et Haneke, me direz-vous ? Il devient donc un réalisateur rangé, sage, il se met à la reconstitution ? Non, derrière les paysages élégiaques, les plans sur les champs de blé infinis qui ondulent, le travail sur la perspective et l'espace du village, dont on visite peu à peu chaque lieu, derrière tout cela, on retrouve le travail sur la violence, une violence sèche, haineuse, stupide, comme toujours. L'ambiance se fait de plus en plus lourde, et si le film oscille entre narration subjective de l'instituteur et narrateur omniscient, c'est pour montrer tout ce qui échappe à ce grand garçon mou et brave.

Le ruban blanc, rappelons-le, est celui que le pasteur accroche à ses enfants pour leur rappeler ce qu'est la pureté. Un voeu pieu, évidemment.

Savoir qui est derrière tous ces actes n'est au fond pas le point central de ce film, qui n'a rien d'un film policier. Il s'agit bien d'un portraît de l'Allemagne rurale d'avant-guerre (même si le contexte historique n'est que brièvement évoqué, il joue pour un deuxième visionnage, j'imagine), qui montre une société soucieuse de respectabilité, mais désarmée face aux éruptions de barbarie.

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