Enfermé dans son corps mais l'imagination galopante

Avis sur Le Scaphandre et le Papillon

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Incroyable est l'histoire de Jean-Dominique Bauby, journaliste à Elle et père de trois enfants, qui à la suite d'un AVC plongea dans un coma profond le 8 décembre 1995.
Quand il en sortit, toutes ses fonctions motrices étaient détériorées. Atteint du "locked-in syndrome", le syndrome d’enfermement, il ne pouvait plus bouger, parler ni même respirer sans assistance.
Mais il avait gardé toutes ses compétences cognitives, toute sa conscience, toute sa mémoire, toute son intelligence.

Le film commence après son réveil du coma, lorsqu'il se trouve dans sa chambre, à l’hôpital maritime de Berck, dans le Pas-de-Calais.

On découvre le personnage de Jean-Do (comme l'appelle ses intimes et par imitation son médecin, dans un souci de proximité) par morceaux.

On entend d'abord sa voix. Elle est chaude est envoûtante.
On entrevoit des parties de son corps en fonction de son propre angle de vue et ce qu'il découvre peu à peu, à son réveil, de son environnement et de son propre corps.
C'est un puzzle à recomposer dans sa tête et dans l'espace. Il voit d'abord le médecin, la chambre, ses jambes inertes, allongées sur le lit, puis son œil qu'on recoud de l'intérieur. Il hurle son refus de ce geste, mais personne ne l'entend ... Il réalise alors que ses paroles ne restent qu'intérieures ...

Quel réveil douloureux à la vie ! Comprendre en un instant tout ce qu'on a perdu !!!!!

Son champ de vision est tout restreint et brouillé au début, puis il va s'élargir avec l'habitude et se préciser. L’œil valide va s'adapter au handicap et tenter d'observer et de communiquer par tout moyen. C'est bien tout ce qu'il lui reste. C'est son unique fenêtre de vie, de dialogue.

C'est rare qu'on voit son visage en entier. La première fois, on en est d'ailleurs surpris, presque choqué. L’œil droit regarde très fixement et à la fois très intensément. Son visage est figé par la paralysie et la mâchoire tombante. Il est recouvert de grosse lunettes noires aux montures épaisses, dont le carreau gauche est flouté.

On va suivre cette voix intérieure qui va nous raconter sa vie à la clinique, ses impressions, ses angoisses, ses frustrations, l'accident, sa vie d'avant, ses sentiments vis à vis des gens qui viennent le visiter, ses cauchemars, ses rêves ...

Comment communiquer alors pour Jean-Do ? Heureusement la gentille et belle Henriette, orthophoniste de son état, a une solution : lui dicter l'alphabet et pour dire "oui", il clignera une fois de l’œil et pour dire "non", deux fois.

Il est gâté Jean-Do car il a toute une palette de très belles femmes qui l'entourent. D'ailleurs il regrette amèrement parfois de ne pas pouvoir en profiter plus. Dans sa cour, il y a sa femme, son ex, ses soignantes : la kiné et l’orthophoniste et aussi Claude, envoyée par son éditeur et à qui il va dicter des après-midis entiers, le texte de son livre.
Il voit aussi ses amis hommes et ça le sort un peu de son quotidien très monotone.

Ses meilleures amies restent qaund même son imagination, galopante et sa mémoire intacte, sur laquelle il peu broder infiniment.

Il faut noter la qualité de la prestation de Mathieu Amalric. Le sens qu'il donne au récit par sa voix et par ce regard fixe si intense est vraiment formidable. Car c'était sans aucun doute un défi relevé d'incarner un paralytique si communicatif dans son intériorité.

Les actrices qui l'entourent sont pas mal non plus ! Il y a Emmanuelle Seignier qui incarne sa femme (au début la plus présente auprès de lui), Marie-José Croze qui endosse le rôle de la si douce et si patiente Henriette et enfin Anne Consigny en Claude, la confidente, l'écrivaine par; procuration.

Les rôles des personnages masculins sont un peu anecdotiques, mais on citera quand même Patrick Chesnais qui joue le médecin, plutôt doux et empathique et Jean-Pierre Cassel qui endosse le rôle difficile du papa (ce fut le dernier rôle de Jean-Pierre Cassel).

J'aime beaucoup le titre de ce film, qui est empli de poésie et résume à lui tout seul la position de Jean-Dominique. Evidemment, c'est lui qui l'a trouvé et c'est aussi le titre de son ouvrage.
Le scaphandre évoque sa paralysie presque totale qui emprisonne son corps tandis que le papillon évoque son esprit libre et le mouvement de son œil gauche grâce auquel il a pû rester en contact avec le monde.

Il y a une poésie et une esthétique dans ce film !

Julian Schanbel, spécialiste des autobiographies ou des biopics est d'une inventivité folle pour retraduire les sensations, sentiments, souvenirs, rêves de Bauby.
Le tournage a eu lieu en partie à l’hôpital maritime de Berck. C'était, aux dires du réalisateur, « parce que les paysages, l’ambiance, les infirmiers étaient essentiels à la crédibilité de l’adaptation ».

Chapeau aussi au directeur de la photographie, Janusz Kamiński, chef opérateur attitré de Steven Spielberg (il a collaboré à tous ses films depuis La liste de Schindler).

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