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Un film dangereux ?

Avis sur Le Septième Continent

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Un film hautement provocateur et pourtant munit d'une grande subtilité, "Le Septième Continent" dérange, en profondeur.

Nourrit par un traitement clinique désincarnée annonçant dogmatiquement le style des oeuvres à suivre de Haneke, le mystère opaque du passage à l'acte devient source d'angoisse pour le spectateur, ne pouvant à priori en dégager aucune explication rationnelle. Partagé entre l'incrédulité la plus totale et l'effroi le plus intime, le film à travers son système de fragmentations répétitives des instants les plus précis du quotidien s'accapare immédiatement l'identification la plus immédiate et la plus inconsciente du spectateur.

Haneke cherche à capturer le geste avant tout; déterminer, sûr de lui, implacable ou maladroit il révèle à la fois une intentionnalité et une machinalité.

Et c'est tout l'enjeu du film.

Les gestes désincarnés et automatiques du quotidien nous sont donnés comme les seuls moteurs narratifs de la vie de cette famille bourgeoise, stable et congestionnée par un vide métaphysique que, chez Haneke, même l'amour ne saurait combler.

A la fois agent et sujet du système absurde et purement consumériste de la société, la famille troque la machinalité mortifiante de ses gestes habituels contre d'autres gestes, ceux d'une intentionnalité révolté, jusqu'à l'extrème. En enrayant la machine par petites touches progressives, ils finissent par la détruire scrupuleusement dans l'incompromission la plus absolue.

La filiation qu'Haneke cherche à imposer avec le cinéma de Bresson saute ici rapidement aux yeux sans pour autant atténuer sa propre identité cinématographique; les gros plans articulés, les gestes, l'absence majoritaire des visages dans les cadres et de musique de fosse.

L'austérité et le dépouillement esthétique du "Septième Continent" n'est pas sans rappeler "Un condamné à mort s'est échapper", "Pickpocket" et plus encore "L'Argent", sortit cinq ans plus tôt et traitant de la même emprise diabolique qu'exerce sur l'Homme le matérialisme et le consumérisme. "L'Argent" est d'ailleurs cité par Haneke lorsqu'il reproduit à l'identique le plan de la hache qui s'abat sur sa cible du coté non tranchant.
Comme chez Bresson, les protagonistes prisonniers de leurs conditions décident de s'échapper grâce à une série de gestes révélant la détermination intime qui les habite.

Cette détermination et cette liberté suprême, ultime recours contre le totalitarisme invisible et insidieux du consumérisme, se doit d'être aussi déchirante que le cri silencieux de cette famille, qui n'est autre qu'un épiphénomène culturel et social contre lequel Pasolini nous avait mit en garde vingt ans plus tôt.

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