Le fait divers d'horreur

Avis sur Le Septième Continent

Avatar Eowyn Cwper
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L'image de Haneke est morne. Sa caméra immobile et pourtant fuyante, capturant le détail d'actions sans signification, n'est pas un allié de la vie, mais son ennemi. Pourtant ce n'est pas une tranche de vie qu'elle nous transmet, mais bien la Vie avec un grand V.

La famille à laquelle il nous habitue est si étonnamment fonctionnelle qu'on oublie que son histoire est ordinaire jusqu'à l'ennui, et l'on n'en voit plus que la sève au goût d'existentiel. Avec un parfait mélange d'hypocrisie et de douceur dans le traitement des mœurs, le cadre se déroule telle une longue hypnagogie à moitié relaxante et à moitié inconfortable d'où il est difficile de dégager le bien et le mal.

Soudain, des ondes négatives. Car si le basculement qui survient est presque imperceptible, il n'en est pas pour autant paisible. Quelque chose d'abstrait et d'incontrôlable commence à se dégager loin à l'intérieur du film et en forme peu à peu la signature en s'agitant dans les ombres. C'est le cauchemar qui s'éveille, bien avant que l'on comprenne quoi que ce soit, semant la peur. Avant l'horreur.

Le septième continent est comme le génial symbole d'un esprit malade, l'émanation dérangeante de ce que le fait divers propose mais édulcore : une folie qui, prise littéralement, est d'une beauté glaçante. Une beauté que Haneke a su rendre dans des scènes longues où le monstre n'est pas lui, ni vraiment l'humain, mais une force qui, depuis quelque cavité inavouable, le contrôle.

Quantième Art

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