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Avis sur Le Silence

Avatar Kiwiwayne Kiwinson
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Le cinéma d’Ingmar Bergman est souvent réflexif. Et « Le Silence », sorti en 1963, est probablement son film le plus intimidant, tant la sensation qu’il produit est indéfinissable, entretenant d’étroits rapports avec la mélancolie, la philosophie, mais aussi le rêve. D’ailleurs, il serait tentant de le comparer à une version encore plus lynchéenne de « Persona », mélangeant dans une mesure similaire le réel et l’imaginaire, sans rupture visible. À l’instar de « Persona », Ingmar Bergman écrit « Le Silence » en s’inspirant de ses propres rêves, et réalise ainsi un film extrêmement onirique et atmosphérique, frappé par un noir et blanc étouffant, mais aussi, et surtout, aveuglé par les principes du huis-clos. À ce titre, la première séquence, dans un train, est une véritable exhortation, s’enrichissant d’une beauté suffocante et hypnotique, se résumant au seul sifflement d’une locomotive.

L’ensemble du film est vu à la hauteur de l’enfant, Johan, dont la caméra suit les déplacements, nous plaçant dans la même position de spectateur du monde, un monde sans dieu où est mis en avant l’échec de la communication. Dépourvu de transcendance, « Le Silence » met également en exergue deux personnages, deux sœurs que tout oppose, représentant chacune l’antagoniste de l’autre. Anna, une femme libérée, épanouie ; et Ester, frustrée, abandonnée, et malade. À partir de leur relation tissée par l’amour et la haine, Bergman dissèque l’âme humaine avec une précision chirurgicale. On songe ainsi à la relation de Diane et Betty dans « Mulholland Drive » : la perversité est mise en avant, et l’une des sœurs se montre parfaitement sadique envers l’autre. Et finalement, elle se retrouve toutes les deux prisonnières de leur sexualité, se réduisant au tabac, à l’alcool, et à la masturbation.

À cet aspect étouffant, Bergman ajoute sa capacité à créer une atmosphère glaciale captivant d’emblée. On sent également la forte présence d’Œdipe, via le personnage du petit garçon, qui n’hésite pas à se montrer très tactile avec sa mère, Anna, qui elle-même se prélasse fréquemment nue. « Le Silence » est un film abandonnant toute morale, doublé de nombreuses figures anthropomorphes, et couvant un véritable labyrinthe immatériel, où seul Johan tente de communiquer avec les autres, se libérant ainsi de sa solitude, tout comme Bergman se libère, pour la première fois, de son maniérisme. Tout comme ses protagonistes, le cinéaste est de passage dans un monde oublié par Dieu, et tente de trouver une motivation à son art. « Le Silence » est à des années lumières d’être son film le plus abouti, mais il ouvre la porte à un nouveau regard, plus sombre, pneumatologique, abstrait, et pour finir, imaginaire.

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