Satan, ça tangue, exsangue.

Avis sur Le Tango de Satan

Avatar Heisenberg
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(Oui je passe le film de 5 à 9, mais je tenais à laisser la critique telle qu'elle, elle ne répond d'ailleurs pas vraiment d'un commentaire qualitatif sur le film mais d'une impression personnelle, qui évolue. Pour cela, je la laisse, libre à vous de retirer votre appréciation ou me traiter de vendu, me menacer de mort, ou pire)

Allez on enfile le casque et l'armure, avant la lapidation sur la place du village.

Non pas que je sois réticent à m'infliger 7 heures et plus de film quand bien même il n'en figurerait pas une seule contenant une explosion et/ou une femme nue. Non pas que je sois trop attaché à une conception frigide et utilitariste du cinéma où il devrait raconter quelque chose, avec des mots, des actions qui font sens. Mais c'est tout simplement que si Tarr propose une vision extrême du cinéma, on dira même définitive, absolue, il faut l'accepter comme telle et ne pas essayer d'en travestir l'esprit en lui prêtant des définitions et autres synopsis.

Alors quand j'entends dire que c'est un film sur la fin du communisme, une histoire de complot, de messie ou de Lucifer, j'ai presque envie de mettre 10 au film et d'expliquer pourquoi c'est justement parce qu'il n'est rien de cela qu'il est génial. D'ailleurs n'importe quel système de notation, et même de qualification, paraît un peu inefficace pour ne pas dire ridicule face à l'ambition essentielle de Bela Tarr. Si on pouvait ne pas noter le film et le critiquer quand même je le ferais, tant j'ai eu tour à tour envie de lui mettre 1, puis 5, puis 10, puis 2, puis...

Aussi, je suis incapable de dire combien de temps j'ai passé devant le film, me retapant trois fois la même scène tant elle était des plus belles de ma vie, et accélérant la suivante qui venait comme un cheveu sur la soupe faire oublier le plaisir de la minute précédente. Peut être est-il plus long encore, parce qu'on y repense, parce qu'on y revient sans savoir pourquoi, parce qu'il nous domine, nous absorbe totalement, vient nous chercher même si on le déteste, nous repousse même quand il nous plait.

C'est ce mélange de plénitude et de frustration, spectre de vie jusqu'à la mort — ou la folie — qui fait de Sátántangó l'expérience cinématographique la plus éprouvante mais aussi — et peut être parce que — la plus élémentaire.

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