Un film Traître et bien

Avis sur Le Traître

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Dans les années 80, la mafia sicilienne vacille enfin. Si beaucoup se souviennent de la détermination du juge Falcone derrière le maxi-procès qui aboutit à 360 condamnations, peu se rappellent que ce sont les témoignages de l’ancien soldat de Cosa nostra Tommaso Buscetta qui en furent la pièce maîtresse. Le traître raconte l’histoire de témoins crucial.

La mafia et le cinéma, c’est une longue histoire d’amour. Depuis Little Casear de Mervyn Leroy (1931), le 7ème art n’a de cesse de raconter des histoires de truands. Ainsi, les réalisateurs Martin Scorsese et Francis Ford Coppola ont carrément établi des codes propres aux films de mafia, quitte à en dériver une vision plus fantasmée que réaliste. Ici, Marco Bellocchio tente de s’emparer de cette iconographie pour mieux la déconstruire et se rapprocher des individus qui formaient ces groupes mafieux. En racontant l’histoire de cet homme aux multiples facettes, le cinéaste poursuit sa plongée dans l’histoire de son pays qu’il avait entamée avec Buongiorno, notte, sur le rapt d’Aldo Moro par les Brigades Rouges, et Vincere qui se penchait sur l’amante de Mussolini. Comme dans ces deux œuvres, Bellocchio projette la grande Histoire à travers le prisme de portraits intimes des protagonistes qui la compose.

Condenser une histoire touffue qui se déroule sur une période de 22 ans dans un long-métrage, c’est ambitieux. Le défi est plutôt réussi. D’un côté, le scénario particulièrement bien écrit offre une grande fluidité à ce récit qui se déploie entre la Sicile, le Brésil, Rome et les Etats-Unis. De plus, la réalisation insuffle constamment une tension oppressante dans de nombreuses scènes, plongeant ainsi le spectateur dans la paranoïa du personnage principal. On est face à un véritable thriller sans temps morts et les 2h31 passent vite… Trop vite. L’inconvénient à vouloir trop raconter, c’est que le film enchaine les scènes un peu comme des vignettes, sans vraiment creuser la portée des événements qu’il raconte. Par exemple, il y a cette fascinante relation mi ennemie, mi complice entre le juge Falcone et Buscetta, dont le fort potentiel dramatique ne sera jamais complètement exploité. Frustrant ! L’autre conséquence de cette narration fleuve, c’est le syndrome « docu-fiction » qui touche souvent l’art délicat du biopic (anglicisme contractant les termes biographie-épique). A quoi bon filmer une histoire qui a déjà été massivement traitée dans les médias, faisant l’objet de nombreux livres ou documentaires ? On peut se poser la question tant l’approche chronologique et linéaire du film dégage un petit côté Cosa Nostra pour les nuls, recréant de toute pièce des scènes qu’on a déjà vues à la télévision. Heureusement, il reste Buscetta, ce personnage complexe, brillamment interprété par Pierfrancesco Favino qui se distingue par son charisme magnétique et son interprétation subtile, transpirant la fébrilité et la sensibilité derrière une épaisse carapace virile. Cette performance héroïque, combinée au rythme haletant du film font de ce traître un biopic plus séduisant que la moyenne.

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