« Mais j’en veux davantage »

Avis sur Le Trésor de la Sierra Madre

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Spoil tout le long

Je suis un grand néophyte du western, j’ai tant de classiques à rattraper dans le genre… genre que j’aime beaucoup pourtant ! Et j’ai été totalement conquis par ce film, même s’il est parfois un peu facile et prévisible dans son propos, il est extrêmement bien fait et bien rythmé.

L’histoire est absolument saisissante ; cette quête de l’or qui se transforme finalement en véritable cauchemar, où les personnages ne sont motivés que par l’appât du gain, par l’envie d’avoir toujours plus. Il y a un poème dans le Stalker de Tarkovski, récité par le Stalker justement, et dont le refrain poétique est « Mais j’en veux davantage » (ou « mais cela ne me suffit pas » selon les différentes traductions). Eh bien c’est exactement ce qui hante les personnages, et surtout Humphrey Bogart. Un Bogart qui se trouve complètement changé face à tout cet or, lui qui justement avait une certaine éthique, un certain sens de l’honneur, lui qui justement n’avait pas piqué tout l’argent du portefeuille de son patron mais juste la paye qui ne lui avait pas été attribuée… Et bien Bogart tombe dans la folie des grandeurs, ça le mène vers une certaine paranoïa (très bien retranscrite à l'écran, avec un très grand Bogart) et c’est d’autant plus fort que John Huston nous perd temporellement, on n’a absolument aucune notion de temps, aucun indice qui pourrait nous indiquer la durée de leur expédition (on ne l'apprendra qu'à la fin, et justement il y a une forme de chute qui est génialement traitée, avec beaucoup d'humour). Après on pourrait reprocher au personnage de Bogart un manque de justesse ; le changement d’attitude de Bogart est un peu trop soudain et ça sonne parfois un poil faux, Huston est tellement emporté par son propos que la métamorphose s’en trouve biaisée et peu réaliste ; peut-être aurait-il fallut s'attarder encore un peu plus sur les personnages ? Car Bogart passe directement d'une attitude à l'autre, j'aurais préféré justement une métamorphose plus lente, que la hantise ne soit pas que la conséquence de sa métamorphose mais également le symptôme, alors qu'ici, Bogart n'est hanté qu'après son changement ! Et on sent venir les choses, c’est parfois un peu gros, et c'est dommage... Reste que les 20 dernières minutes sont géniales car pleines d’humour !

J’aime beaucoup le personnage du vieux, qui lui justement n’est pas si prévisible que cela, je trouve que c’est le personnage qui créé le plus de tension car pendant une bonne partie de l’expédition, on ne connait pas vraiment ses intentions, on ne sait pas si c’est un coup-monté, ou s’il est sincère, on ne sait pas s'il se retournera contre les deux autres, en fait on ne sait rien, on doute, on doute… en tout cas, c’est un sacré prophète puisque tout ce qu’il a dit s’est passé. Au final, c'est un grand sage, un homme d'une grande sincérité qui finit par comprendre que l'essentiel n'est pas là, dans l'or, mais bien ailleurs... Mais à nous de trouver cet ailleurs. De plus, c’est le personnage le plus essentiel du trio, du triangle de personnages on va dire, celui qui maintient l’équilibre entre les deux autres, c'est quand il quitte le groupe que les choses se déchaînent, il n'y a plus l'intermédiaire.

Les scènes sont assez savoureuses malgré leur caractère un peu prévisible et grossier (dans le sens où ce n’est pas très fin), les dialogues sont parfois assez jouissifs, et cette fin est juste excellente, cette fin où on apprend justement que leur périple a duré 10 mois, 10 mois pour rien… Puis vient ce fou rire si communicatif ! C’est une situation tellement horrible et amère pour les personnages, mais en même temps, là n’est pas l’essentiel… Comme le dit le vieux (je crois), eux ne gisent pas au fond d’un trou ou d’un marécage comme Bogart. Il faut parfois saisir ce que nous propose la vie au lieu d’en vouloir toujours plus, et il faut aussi que l’on conserve en nous un certain sens de l’honneur qui se perd tellement, une forme d’éthique, mais surtout une forme de pitié schopenhauerienne en quelque sorte. Il y a aussi toute une critique politique derrière, assez évidente, et anti-américaine au possible (c’est quand même une belle métaphore filée de ce que peut-être le capitalisme et le système d’exploitation, qui n’est bon et sain ni pour les exploitants ni pour les exploités). Je me demande comment a été reçu le film lorsqu’il est sorti. Par ailleurs, cela fait du bien aussi de voir des western où les protagonistes ne sont pas des as de la gâchette mais juste des pauvres gens qui partent à la conquête d’or avec de grands rêves et qui ne savent à peine se servir d’une arme à feu… Je sais pas, ça à un certain charme, finalement tout le monde aurait pu faire partie de cette expédition et ça rend le propos assez universel. On s'imagine souvent pleins de vertus, que les choses se passeront bien car on arrivera à gérer... mais ce n'est jamais le cas. Confronté à la réalité des choses, rien n'est comme on l'avait imaginé !

Peut-être un peu facile dans son propos ou dans le traitement de certains personnages (Bogart surtout), il n'en reste pas moins que que le film est superbement construit, le rythme y est totalement maîtrisé, le montage est excellent et permet de dynamiser l'oeuvre quand il le faut ou d’instaurer un climat de tension, bref, c’est un western passionnant.

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