Les alcoolos académiciens

Avis sur Le Trésor de la Sierra Madre

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Western et film d'aventures, ou film d'aventures mordant sur le western, Le trésor de la Sierra Madre est gentiment divertissant au départ. Or c'est un film de John Huston et la lourdeur de son style assomme très vite, noyant tout intérêt potentiel. Les protagonistes du roman d'un des écrivains les plus mystérieux du XXe siècle (B.Traven) deviennent des idiots sur grand écran. Les acteurs ont l'air d'ivrognes prenant un temps pour se concentrer et faire illusion comme s'ils étaient des formes humaines sérieuses alors qu'ils sont des loques en représentation. À une seconde près on les verrait retourner comater ou prendre une nouvelle murge.

En faute, cet espèce de premier degré d'emprunt à l'artificialité outrée laissant une sensation d'absence, tout en manifestant discrètement une volonté d'imposer une vision de l'Homme, totalement branque et évanescente au point qu'Huston profère au mieux des banalités de mémères sordides sans le faire exprès. Spielberg est souvent critiqué par les cinéphiles élitistes : on peut tout aussi bien critiquer Hawks (Rio Bravo, Le grand sommeil) ou Huston pour des raisons similaires. Il est possible de se divertir en se laissant absorber par l'intrigue ou cultiver une quelconque sympathie pour les personnages : mais Le trésor de la Sierra Madre ne présente guère de qualités proprement cinématographiques.

Tout ça pourrait aussi bien se dérouler au théâtre ou être raconté par un narrateur, car le gain à l'écran est faible. D'habitude, Huston est un excellent faiseur d'images – elles sont fortes dans Le faucon maltais, épiques dans L'homme qui voulut être roi. Ici, elles sont sans relief et peu importe que ce film soit l'un des premiers produits américains tournés quasi-essentiellement à l'étranger (Mexique). Les défenseurs de ce film ne peuvent tirer que ce carton rouge : Entertainment ! Huston en a le sens, il ménage les aventures pittoresques, les petits rebondissements, les musiques d'ambiance sans beauté ni originalité se fondant bien dans la petite balade.

L'attachement au Trésor est compréhensible, c'est un bon produit pour divertir en masse et il a même ses moments tire-larmes bourrins. Toutefois il est dix fois plus bête que les westerns les plus délibérément niaiseux de John Ford. Il n'est bon qu'à se relaxer : si on y arrive et si c'est ce qu'on attend du cinéma, de la culture, ou de la vie en général, il faut voir ce Trésor de la Sierra Madre ! Son exigence de lenteur mentale n'heurtera pas dans ces conditions. Ce film est d'un manque d'intériorité et de 'tripes' déconcertant.

Il fait abondamment penser à trois autres : Les raisins de la colère, La rivière rouge, Le salaire de la peur. Ce n'est pas délibéré d'autant que le deuxième sort plus tard dans l'année et le troisième cinq ans après : en tout cas il est minuscule face à eux. Au départ le film aligne de modestes réflexions, prête une philosophie à ses personnages, recèle une perspective sociale en germes. Tout ça s'évanouit, hormis l'espèce de tentative morale ridicule concernant les trois prospecteurs : voilà trois collaborateurs tout en contraste, chacun avec son idée de ce qu'est l'aventure et le succès.

Leur inanité est à niveau pour asséner le moralisme primaire et benêt sur la cupidité des hommes : le gain (ici l'or) vient à bout de l'intégrité des gens les plus honnêtes et même des amitiés les plus profondes. Dans des proportions pudiques à l'écran, certes. Voilà un discours puissant et une véritable conviction traversant comme une lame de fond le cinéma de John Huston, car elle sera au cœur de L'homme qui voulut être roi. Celui-là sera plus pertinent et réfléchi dans ses expressions – c'est juste un film dégueulasse.

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