Un classique du cinéma fantastique paranoïaque des années 60

Avis sur Le Village des damnés

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C’est une matinée paisible pour le petit village de Midwich. Femmes et hommes vaquent à leurs occupations quotidiennes lorsque soudain, tous sombrent dans un inébranlable sommeil. L’armée est mobilisée mais restera impuissante jusqu’au réveil, quelques heures plus tard, de l’ensemble de la population. Alors que tout semble redevenu normal, les femmes du village découvrent une à une qu’elles sont enceintes. Le lien avec l’étrange événement passé ne fait aucun doute, d’autant qu’à l’heure des naissances, les bébés possèdent tous les mêmes caractéristiques physiques. Leur croissance intellectuelle hors normes laisse bientôt apparaître le sombre dessein de ces diaboliques rejetons.

Notre avis : Un homme téléphone et s’écroule de tout son long, inanimé, tandis que son chien s’endort. La caméra s’élève et un vaste mouvement de grue dévoile une scène inhabituelle : le village entier semble victime d’une malédiction et les corps des habitants jonchent le sol. Images fortes qui font place à un générique martelé par un son de cloche, sans autre musique. D’emblée, le cinéaste impose un style et une ambiance uniques pour l’époque. Le spectateur est prêt à effectuer avec lui un long voyage mystérieux au cœur d’une aventure fascinante.

L’auteur prend son temps pour exposer son histoire et créer un sentiment d’insécurité et de paranoïa. Pour cela, il utilise un minimum d’effets spéciaux, réduits ici à leur plus simple expression. Il réussit à rendre ces enfants intrigants puis effrayants grâce à de petits détails comme leur unique couleur de cheveux ou leur absence d’expression faciale. Il introduit ainsi la menace dans un environnement quotidien d’une banalité affligeante et provoque la peur la plus terrible : celle de sa propre progéniture.

Le sous-texte est transparent puisque nous sommes alors en pleine guerre froide : les enfants en question sont d’évidentes métaphores du communisme (ils ne forment qu’une seule entité maléfique) qui s’infiltrent jusque dans les foyers les plus respectables. Leur but est de s’étendre sur toute la planète et ils sont aidés en cela (au moins au début) par le savant intellectuel interprété par George Sanders. La conclusion inévitable est qu’il faut se protéger de cette menace en les éliminant.

Malgré le propos plus que douteux, Le village des damnés (1960) reste, encore aujourd’hui, un classique du cinéma fantastique grâce à l’excellente réalisation de Wolf Rilla, dont les autres œuvres ne sont pourtant pas passées à la postérité. Il s’entoure ici d’acteurs de premier choix, dont Martin Stephens qui, à douze ans, fait preuve d’un charisme incroyable, ce qui lui permet de jouer un an plus tard dans un autre classique du cinéma fantastique, Les innocents de Jack Clayton. Enfin, mentionnons l’existence d’un très bon remake judicieusement nommé Le village des damnés (1995), cette fois-ci réalisé par John Carpenter, avec dans le rôle principal le regretté Christopher Reeve.

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