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Le Voleur de bicyclette par Ripailloux

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C'est vraiment dommage que je ne sois pas fait pour le néo-réalisme.

Le voleur de bicyclette prend place dans les années 40, au sein du prolétariat de l'italie d'après guerre. Très vite (dès le premier plan pour ainsi dire) nous sommes plongés au coeur de cette population. Car ce film fait bien sûr parti du mouvement néo-réaliste de cette époque. A cet instant, l'Italie subit un bouleversement cinématographique. On demande des films plus proche du peuple, plus authentiques. Ainsi ce genre se démarque par des thématiques plus populaires, des tournages en extérieur, dans des lieux réels, des acteurs qui n'en sont pas mais qui sont en réalité des gens comme vous et moi (enfin, à l'époque bien sûr !).

La première scène s'inscrit donc déjà parfaitement dans le genre, en présentant de nombreux chômeurs attendant leur embauche... Elle est déjà marquante par ce réalisme impressionnant, la foule qui s'exclame anarchiquement, sans ordre, bref, une situation tout à fait normale et bien retranscrite. Et le reste du film est du même acabit.
Les scènes sont majoritairement tournées dans les rues de Rome, rues qui grouillent de monde : Les jeunes jouent aux osselets, les gens se tassent dans les tramway et les autres s'adonnent à diverses activités. C'est vivant.
Cette agitation est néanmoins parfaitement représentée grâce à une mise en scène qui ne fait jamais dans l'excès, qui ne tente pas de montrer forcément les gens, de centrer ses plans sur des groupes d'individus, ou autre... Nous ne sommes pas dans l'illustration basique, le réalisme de ces rues n'étant représenté qu'en fond, mais un fond persistant et donc marquant.

Le scénario est finalement basé sur une histoire assez simple. Ricci, chômeur, récupère un boulot, s'achète une bicyclette pour pouvoir l'exercer, se la fait voler et la cherche. Mais autour de tout ça se développent en réalité des sujets beaucoup plus profonds. Une société en crise, une société laide, contemplée par les yeux innocents de Bruno, le fils de Ricci, qui assiste à toutes les pérégrinations de son père à travers les différentes branches de la société (la police désabusée, l'église immobile, la foule et l'effet de masse)...
Bruno est l'œil critique de ce film, qui dépeint une société bancale, en proie à de nombreux problèmes. De Sica ne parle pas simplement du drame d'un chômeur, mais parle du drame d'une société.

Certains utilisent pour ce film le terme de drame de l'enfance. Je n'irai pas jusque là. Cependant c'est un film qui fait ressurgir en chacun une profonde crise de conscience. Aucun manichéisme dans cette œuvre, rien n'est si clair, et Ricci, honnête homme qui recherche simplement de quoi nourrir sa famille se retrouve dans la position de l'homme qu'il traque durant tout le film. Le héros n'est donc jamais exemplaire. Et le spectateur ayant toujours tendance à s'identifier au héros, il s'identifie à cette déviation que finit par prendre Ricci. D'abord de bonne foi, son désespoir le pousse alors à de nombreuses erreurs. Il devient agressif, bafoue les règles, et quand il finit enfin par trouver son voleur, il ne peut fournir aucune preuve et toutes ses valeurs s'effondrent donc. De Sica nous confronte à une situation absolument banale, qui pourrait arriver à chacun d'entre nous, et qui bouleverse réellement l'identité profonde de chaque individu que cette mésaventure pourrait atteindre.

Pour en revenir au point de vue esthétique, la mise en scène comme souligné précédemment est réussie. Sobre le plus souvent, elle sait prendre quelques risques pour devenir plus rythmée lors de certains passages. A cette époque, c'est une mise en scène de grande qualité qu'il a été donné de voir. Jamais le film ne souffre d'une réelle lenteur, d'un plan trop juste ou d'un angle douteux. C'est limpide.

Les musiques permettent encore plus d'appuyer le sujet du film, dès le début, alors que tout semble partir pour le mieux, la majorité de la musique laisse présager du contraire, avec des thèmes assez sombres, tendus, qui ne reflètent en rien le début du film. Entrecoupés par quelques musiques à l'influence traditionnelle italienne, ou simplement au folklore de l'époque, ces thèmes reviennent plusieurs fois, parfois modifiés, comme pour montrer à quel point cette histoire a une fin inexorable. La société laissera tomber Ricci, le présage est déjà là. Et la fin du film réutilise les thèmes du début, la boucle est bouclée...

Humainement profond, le voleur de bicyclette aurait donc pu me séduire, me convaincre. Sa très bonne réputation, ses critiques pratiquement unanimes m'avaient réellement intéressés. Cependant en occultant les qualités objectives du film, il faut bien garder une part de subjectivité. Et là est tout le problème. Car je ne pense pas être fait pour le néo-réalisme. Les chroniques terre à terre, drames de la vie quotidienne (quelle qu'en soit l'époque); sont des choses qui me font facilement roupiller, même si je fais des efforts. C'est pour cela que ma note ne s'élève pas au dessus de 7. J'ai vraiment essayé d'aimer, mais c'est impossible, je ne vais pas faire l'hypocrite, dire à tout va que ce film est génial parce que j'ai vu ici et là qu'il faisait sûrement parti des meilleurs de tous les temps. Objectivement, c'est un film très réussi, créant en nous une réelle prise de conscience, abordant des thèmes centraux d'une époque délicate (l'après guerre). Mais subjectivement, je n'aurais pas tenu une demi-heure de plus !

No offense !

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