Un voyage intérieur

Avis sur Le Voyage de Chihiro

Avatar Marie Zim
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Le voyage de Chihiro (prénom toujours difficile à écrire pour moi), est un film avant tout poétique et nostalgique. En effet on le remarque dès le début du film avec cette musique mélancolique et ces pétales qui tombent du bouquet de fleurs (pétales que l'on retrouvera peu après quand le jeune homme soufflera, voulant protéger Chihiro). Le voyage dont il est question n'est plus alors un simple voyage en voiture, mais une évasion de Chihiro ou un rêve, bref peut être un voyage intérieur qui lui apprend à grandir. La question est de savoir comment Miyazaki le montre dans cette œuvre.
Ce cinéaste mélange souvent le style classique japonais avec un sens moderne de l'animation (on peut faire référence au château ambulant, le château dans le ciel ou encore Porco Rosso). Ici on peut le justifier par ce mélange de rêve et de réalité. On voit la beauté et l'authenticité des paysages, des maisons et il y a même sûrement des références culturelles avec les démons, les décors et autres (mais là je n'y connais rien).
Petit à petit le film quitte la réalité: la scène de la voiture accélère, on s'approche du mystère, et on arrive devant un tunnel (ça saute aux yeux l'image du tunnel, signification d'un passage entre deux mondes)
C'est alors devant ce tunnel qu'il est intéressant de remarquer la peur de Chihiro, elle n'affronte pas les esprits, autrement dit a peur de grandir (ou une autre interprétation est possible: les enfants seraient plus prudents)
Après avoir traversé le tunnel, nous spectateur, voyons les personnages devant nous de dos, comme si nous les observions, marchant derrière eux. Arrive LA SCENE TROP CULTE, avec les parents qui se transforment en cochons parce qu'ils ont bouffé toutes la bouffe sans permission, ouai... Alors là j'ai direct pensé au péché originel de l'homme (Ève mange la pomme, avec l'interdiction de Dieu).
Et là... BAM! Changement d'ambiance, changement du monde: les lumières du village s'allument (flippant le village quand même...), et apparaît un monde de magie, riche en imagination. Si je parle d'imagination c'est parce qu'on voit, dans la scène qui suit, le visage de Chihiro en transparence, fondu avec ce qu'elle voit: deux images superposées; ce qui pourrait expliquer que ce que nous voyons est un rêve de celle-ci. Puis autre passage important qui appuie sur cette idée de "grandir": le jeune homme dit à Chihiro "Je te connaîs bien depuis que tu es toute petite". En fait ce mec l'aurait sauvée de la noyade quand elle était petite; on peut penser qu'il est en fait une image qui représente les phases de la vie et de l'évolution de notre personnage, une sorte d'ange gardien qui la protège (sous forme d'humain, de dragon ou encore d'oiseau en papier).
Chihiro va devenir de plus en plus courageuse. Première scène GENIALISSIME du courage de Chihiro: quand elle est aux côtés du vieil homme avec tous ses bras, on voit la magie et la vitesse de l'image, avec ce mouvement, le son des machines, et les petites noiraudes (ils font taper des barres eux). D'ailleurs Miyazaki aime ce genre de vieux monsieur barbu qui travaille dans les mines, ou dans les trucs de vapeurs (on peut voir un personnage tout aussi attachant dans le château dans ciel: le vieux qui est dans les mines)
Pendant le travail des noiraudes, le vieux dit à Chihiro "Commence par finir ce que tu commences": encore un élément révélateur de ce voyage intérieur, plein de bons conseils.
Un deuxième personnage fait référence à d'autres œuvres de Miyazaki: c'est la "méchante", "Xzaba" je crois... (elle fait penser à celle du château ambulant ou celle d'un de ses courts-métrages). Dans le film elle dit à Chihiro "tu es trop faible pour travailler" ( pour l'instant, pour l'instant), en fait on traite souvent Chihiro de "pourri gâtée", "d'ignorante"... etc. Le bébé de la vielle méchante et lui-même un putain de pourri gâté "enfant monstre" (bébé qui pense que sortir le rendra malade, tellement il a était trop protégé): y a donc là une critique sur l'éducation des des parents ou sur l'excès d'admiration qu'ils ont pour leurs enfants.
Encore dans notre idée du voyage intérieur, il y a l'épreuve du bain (oui c'est le passage dégueu qui nous a traumatisés). Bon arrive le plein de messages importants que nous donne le film. D'abord il y a cet esprit qui mange les gens et leur donne de l'or ( "l'argent ne fait pas le bonheur": Chihiro refuse cet or (elle est devenu mature, plus mature que les adultes qui l'entourent), l'esprit cherche l'amour à travers le matérialisme, l'objet (comme fait la méchante avec son bébé pourri gâté); une critique donc d'une société de consommation.
Arrive la transformation d'Haku en oiseau en papier (on peut le relier à l'avion en papier de "Le vent se lève"), puis il se transforme en dragon (transformation qui ressemble à celle du garçon dans "le château ambulant")
Le bébé énorme va être transformé en souris, et sa mère ne va pas le reconnaître, cela montre une critique des préjugés et des apparences. (Il faut opposer ça à la scène, ou Chihiro, elle, reconnaît ses parents parmi tous les cochons)
On l'aura compris Miyazaki est fan de transformations, mais pas que physiques, aussi psychologiques, tous ces personnages évoluent au fil de l'œuvre.

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