L'art de survoler son sujet

Avis sur Le vent se lève

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15 heures et des poussières, débute ce que certains surnomment déjà « l’ultime chef d’œuvre de Miyazaki ». 2 heures, 4 éclats de rire discrets de Kenshin, 12 regards fuyants de Johnutella vers son portable, 1 micro-sieste du même Kenshin et 3 bâillements de ma part plus tard, nous en arrivons au générique. Et entre-temps, me direz-vous ? Beaucoup de choses…

Visuellement, rien à redire, c’est un régal : paysages grandioses, les scènes oniriques sont à couper le souffle, sublimées par la musique d’un Joe Hisaishi inspiré. Par moment, j’avais l’impression d’avoir une dizaine d’années sur mon siège, plongé dans un état proche de la béatitude niaise (le genre larme de salive à l’encoignure des lèvres et yeux écarquillés). Inutile de m’attarder sur cet aspect, nous sommes pratiquement tous d'accord. Si la forme est de très bonne facture, le fond en revanche me laisse perplexe. La faute peut-être à un excès de demi-mesure. Je m’explique, Jiro oscille entre le génial rêveur et le créateur docile, le cul éternellement vissé entre deux chaises. Bien trop soumis et apathique pour endosser le rôle d’un véritable héros, bien trop complaisant et dévoué pour jouer celui de l’antihéros. Si l’ambigüité est évidemment voulue, ce dosage malhabile fait du héros un personnage d’une fadeur assez déconcertante à mes yeux. Passif, de bout en bout.

Dans ce contexte, difficile de se passionner pour la réussite de son projet… survient alors la romance comme une arête de maquereau dans la soupe. Trop rapide, trop brève, presque fugace. L’air de dire, il en fallait une, la voilà. Ardu de s’émouvoir pour ces personnages engoncés dans un scénario linéaire. Sans remettre en question les qualités de ce dernier au niveau historique, biographique voire autobiographique (merci Kenshin de me l’avoir fait remarquer, d’ailleurs) j’attendais peut-être autre chose et certainement pas une œuvre tant désabusée. Car moi-même, pessimiste s’il en est, je me plais à croire que la création est une forme de lutte, celle de Jiro est, au fond, une forme de soumission d’une effroyable tristesse. Contrairement à de nombreuses héroïnes du génial Japonais, armada de nénettes survoltées, hargneuses et révoltées, Jiro ne cesse de subir et pas le moindre soubresaut de lucidité ne vient pointer à l’horizon. Voilà un gentil salaud, un égoïste naïf, génie de l'horreur que Miyazaki s’efforce de nous rendre attachant. Si le procédé est intelligent, il manque un je-ne-sais-quoi pour le rendre pleinement efficace. Du coup, le film peine à décoller et ne m'a pas emporté loin de mon siège malgré quelques envolées visuelles jouissives.

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