Voyage au bout d'un rêve

Avis sur Le vent se lève

Avatar Romain Garcin
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Jiro est un petit garçon japonais, né au début du siècle dernier dans un petit village au nord de Tokyo.
Passionné par les avions, il rêve de devenir un jour pilote. Malheureusement ses problèmes de vue l'empecheront de piloter un avion, il choisira alors de les construire. Dans ses songes il rencontrera son idole, Giovanni Caproni, un célèbre ingénieur italien en aéronautique, qui le conseillera et le confortera dans ses choix. Jiro s'avère être un génie et à force de travail, de courage et de persévérance, il réalisera son rêve et deviendra le plus grand ingénieur en aéronautique que le japon ait connu.

Le générique apparait sur l'écran après le fondu au noir final, c'est ainsi que se termine l'immense carrière de celui que les plus grand admirateurs appellent “Maitre” Miyazaki.
Cette révérence ne s'est pas tirée aussi simplement que cela, Miyazaki nous offre avec “le vent se lève” un point final aussi inattendu que réussi.
Tout d'abord, fait suffisamment rare pour être souligné, le réalisateur propose à son public un Biopic animé, à des kilomètres d'un “voyage de Chihiro” ou d'un “Porco Rosso”, bien que l'on retrouve bon nombre de thèmes chers à Miyazaki dans ce film : le Ciel, Le Vent, l'Odyssée mais aussi la Guerre, la Machinerie, l'enfance et la femme…
Ce film c'est l'histoire d'un rêve, ou plutôt de tout les rêves, puisqu'à travers celui de Jiro Horikoshi, Miyazaki se raconte, ou plutôt, raconte son oeuvre, son processus de création et donc se justifie sur ses raisons de mettre un terme a sa somptueuse carrière. Lui qui plus jeune admirait le grand mangaka Osamu Tezuka (qui a à son actif des classiques manga comme Le Roi Léo, Métropolis ou encore Astroboy) de vingt ans son ainé, n'ayant eu de cesse de suivre son exemple pour devenir à son tour le réalisateur d'animation japonaise (si pas mondiale) le plus doué de sa génération. Il est donc évident qu'en la personne de l'ingénieur italien Giovanni Capprioni, l'idole de Jiro, Miyazaki nous présente son maitre, et surtout l'importance d'un maitre, d'une influence pour pouvoir aborder ses rêves et les réaliser de la façon la plus sage qu'il soit grâce au travail et à la morale.

Le vent a une symbolique particulière dans cette oeuvre, il constitue un atout comme il peut s'avérer être un obstacle redoutable. De ce fait, Jiro n'a de cesse de perfectionner sa technique, s'intéressant à la courbe d'une arête de maquereau comme un dessinateur en quête de l'élégance du trait le ferait. Jiro et Miyazaki ont ceci en commun : le dessin, le dessin comme base universelle, comme pour nous rappeler que tout part de là, qu'un rêve et un avenir ça se dessine.Jiro affronte différents obstacles qui auraient pu être des entraves à ses projets et se sont révélée être un moteur au contraire. C'est grâce a un tremblement de terre puissant suivit d'un incendie destructeur (faisant référence au réel tremblement de terre du Kanto en 1923) qu'il sauvera celle dont il tombera éperdument amoureux et qu'il épousera quelques années plus tard. Jiro devra également évoluer à travers d'autres événements difficiles comme la grande dépression économique, une épidémie de tuberculose, et l'entrée en guerre du Japon dans les années 40.Miyazaki souhaite vraisemblablement ancrer l'évolution d'un rêve à travers des éléments réels, Historiques même et extrêmement complexes. De cette façon il semble nous dire que rien n'est impossible, et ces événements, bien que situés dans les années 30-40, font écho avec notre époque.

Comme à son habitude Miyazaki nous offre visuellement un festival de couleurs et de lumières, qui nous rappellent à quel point il est sans doute le plus européen des dessinateurs Japonais, il fait partie de ces artistes qui évoluent dans l'héritage des plus grands maitres de la peinture réaliste du 19eme.“Le vent se lève” est en revanche le film le plus adulte qu'il ait réalisé, d'une part dans son traitement, d'autre part dans la finesse de son animation, l'expression des visages et des émotions, le tout souligné de la façon la plus majestueuse qui soit avec la musique du fidèle Joe Hisaishi, qui nous offre une bande originale tendre et puissante à la fois.

Miyazaki nous laisse avec son testament, et une leçon à retenir : quels que soient les aléas et les obstacles, que la terre tremble, que l'économie nous mette à genoux, que la maladie emporte les êtres chers, rien ne doit entraver un rêve d'enfance, qu'il soit de faire voler un avion ou de transporter des millions de personnes grâce a des dessins animés.
“Tu as bien profité de tes dix meilleures années ?” demande Caproni à Jiro a la fin du film, cette phrase résonne comme un Bilan. “Oui” lui répondra Jiro/Miyazaki, la boucle est bouclée, le rideau tombe en beauté.
“Le vent se lève!… il faut tenter de vivre!” nous répète le film, le poème de Paul Valery à l'appui, comme une promesse délicate : réussissez vos vies, que le vent ne soit pas contre mais avec vous.

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