Le blockbuster ultime, selon monsieur Woo.

Avis sur Les 3 Royaumes

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Le maître de l’action, s’attaque au film épique. Il adapte un texte traditionnel jugé inadaptable. Trop long, trop de personnages, trop vieux, trop complexe. Pourtant John se surpasse. Il simplifie l’histoire, la met au format cinéma. Ne se prend pas la tête avec la philosophie, ou l’histoire avec un grand H. Il élimine certains personnages, sacrifie d’autres, et retient le contexte. La guerre et comment ils l'à font. Il se donne des moyens colossaux, pour faire le film d’aventures ultime en Chine.
Le regard occidental, déconnecté des réalités du terrain, ne verra qu’un film d’aventures à l’ancienne, avec le métier du sorcier de HK. Cela suffit. Pas besoin d’en savoir beaucoup pour comprendre. C’est clair comme de l’eau de roche.

Comment préparer la guerre ? Faire un film de sabre. Comment surfer sur les intrigues politico-amoureuses, tout en restant crédible ? Faire un film très beau visuellement, tellement qu’on n’y trouvera rien à redire. Des milliers de figurants, des cascades « réelles », à l’ancienne, physiques, virtuoses, grande batailles, d’infanterie, bataille navale, complots, et jeu de stratégie. La version longue est conseillée, bien sûr. La version cinéma est amputée, et ça perd de son sel. Il faut savoir prendre son temps, surtout, qu’on ne voit pas le temps passer.
Entre le traître Cao Cao, celui qui veut prendre la place de l’empereur. Les seigneurs de la guerre, et généraux adverses qui devront s’unir, ou mourir ; car le traître est ambitieux, manipulateur, et stratège militaire. Il n’a jamais perdu une bataille. Tout un programme. 4h4O, c’est assez, surtout qu’on peut le regarder en deux fois. Rien ne presse. To be continued…

Donc, romantisme, aventure, guerre. Tout pour plaire. La force du film, garder un semblant de parfum « mythique », tout en restant bassement matériel. Pas de dieux, pas de diables. Tous humains, tous objets de jeu amusé. Un classicisme de façade, efficace, donc. Psychologie des personnages simple, chacun est mû par son honneur, contre son intérêt personnel. Même le traître a l’air « sympa ». J’avais peur qu’il se laisse aller, emporté par ses excès habituels, John, mais non. Il semble s’être investi d’une mission. Il accepte de s’oublier un peu, et de respecter à la lettre son conducteur, pour nous donner un bijou. Aucune excentricité narrative. Linéaire comme sur du papier à musique. Une puissance de feu homérique, au profit d’un divertissement de classe A.

Ça ressemble de loin à un film historique, mais en plus fun. Second degré intégral. On suit une vraie campagne militaire, mais vue par le petit œil de la caméra, en son et lumière ; romancé comme il se doit, bien sûr. L’amitié teinté de respect entre le conseiller Zhuge Liang/Takeshi Kaneshiro, et le général Zhou Yu/Tony Leung. Les deux qui se taillent la part du lion à l’écran. Et les femmes qui montrent le bout de leur nez. Les deux femmes du film sont loin d’être des poupées de porcelaine.

La princesse Sun Shangxiang, garçon manqué intrépide, ou la belle Xiao Qiao, femme de Zhou Yu, fausse potiche, qui se révélera très utile à l’arrivée. Deux pièces sur l’échiquier, qui vont faire balancer le destin du « bon » côté, le moment venu. Combats titanesques, chorégraphies martiales à faire rêver, seconds rôles de diversion très amusants. Tout pour faire passer un grand moment de divertissement cinématographique. Pour ceux qui aiment le cinéma populaire de qualité, ceci est pour vous. Trahisons, ruses, malice. Est-il vrai que le traître, Cao Cao, a déclenché cette guerre, parce qu’il est obsédé par la beauté de Xia Qiao ? Il veut voler la femme d’un autre ? Tous ces morts, à cause de la concupiscence d’un seul homme ? Les ragots vont bon train, d’un camp à l’autre. Rires. Et où on rejoint l’Odyssée, Xia Qiao devient la belle Hélène. Et Sun Shangxiang, va au charbon. C’est un petit cheval de Troie. Tous les grands mythes sont universels, n’est-ce pas ? Le cerveau du cinéphile se mettra en branle tout seul. Et fera le reste.

À un moment du film, on voit que les soldats jouent à un jeu ancestral chinois, qui ressemble curieusement…au football moderne(?) On voit de très belles explosions aussi. Mais pas de problème. On avait déjà qu’ils avaient inventés la dynamite. Ils ont inventés le football aussi? Question.

Et le seigneur Su Quan, attentiste, voire pleutre, qui a peur d’y aller, à la guerre, alors que le sort du pays dépend de lui. Et les troupes de Cao Cao qui approchent... Mais une épreuve ultime, fera du falot un tigre. Se sera la guerre! Conte parfait. Monde parfait. Cinématographique. Lyrique par moments. Musique. Zhou Yu joue d’un instrument à cordes. Et parle de guerre avec sa femme, pendant la cérémonie du thé. Nulle place à la méditation chez monsieur Woo. Tout a un sens. Elle a compris, rien qu’à sa façon de jouer, qu’il ira à la guerre défier Cao Cao, coûte que coûte. C’est la guerre !

Quelques personnages principaux, d’autres secondaires, tous chefs de guerre, et tous les autres, des figurants de luxe. Et le sort de la future Chine, se jouera au pied de la falaise rouge. Deux camps se feront face, de chaque côté du fleuve. Et que le plus malin gagne. Voilà un poème épique, que tout le monde comprend, dans tous les sens du terme, et c’est fait pour ça. Il marche droit devant lui comme un blockbuster. Allons-y ! Cao Cao, est fourbe. Il est en supériorité numérique. Il semble avoir facilement l’avantage. Il va gagner. Mais…
Comment passer d’un film épique chinois, à un blockbuster mondial. Et bien voilà.

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