La responsabilité plutôt que les grands pouvoirs

Avis sur Les 4 Fantastiques

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Encore une danse dans la grande valse des reboot. Cette fois, près de 10 ans après l’original, ce sont les 4 Fantastiques de Marvel qui passent à la moulinette de la réinvention. Avec quel succès ?

De tous les remakes de super-héros, en voilà un qui semble prometteur. C’est qu’à chaque ligne de la production, du (jeune) talent se profile. Le réalisateur, Josh Trank, possède à son actif l’excellent Chronicle, déjà traitant de jeunes adultes et de leurs super-pouvoirs. Le quatuor est lui aussi en mode deluxe : voici Miles Teller (Whiplash) en Homme-Elastique, Michael B. Jordan (Chronicle, Fruitvale Station) en Torche Humaine, Kate Mara (House of Cards) pour la Femme Invisible et Jamie Bell (Les Aventures de Tintin) en Chose. Quatre excellents profils sensés apportés de la profondeur à un groupe jugé trop tendre lors de sa première exploitation cinématographique.

La jeunesse, c’est précisément la question centrale des 4 Fantastiques. A l’instar de The Amazing Spider-Man, Marvel tend à prendre ses héros au berceau. Reed Richards, petit génie incompris, s’en va porter son invention du garage familial vers la multinationale opaque aux penchants militaires. Un téléporteur qui l’envoie vers un autre univers, une autre dimension, d’où lui et son équipe de minots surdoués tireront leurs pouvoirs. A moins que la pétarade ne soit pas l’objet du film…

(DON’T) WAIT FOR IT

Pour sauver le monde, il faut déjà s’employer à quasiment le détruire. Ces 4 Fantastiques l’auront bien cherché : à créer des brèches inter-dimensionnelles, on s’expose forcément à des retours de flamme aussi dangereux qu’inconnus. Pourtant, pour savoir ce que l’autre côté du miroir réserve vraiment, il faudra passer par la case psychologie. C’est que Josh Trank prend son temps. Vraiment. Quitte à se mettre à dos tous ceux qui souhaitaient voir la belle équipe sauver le monde au bout du premier quart d’heure. Face à une concurrence déjà établie depuis plus d’une demi-décennie et le début des légendes croisées de Marvel, les 4 Fantastiques doivent eux repartir de zéro.

Faire table rase de presque tout, c’est se créer un méchant de toutes pièces. Déjà connu des fans des comics et de ceux s’étant coltinés le premier épisode, Victor Von Doom (Docteur Fatalis, donc) troque son image de milliardaire contre celui, plus actuel, du hacker anti-système atrabilaire. Le genre de figure qui tombe dans l’ombre ou la lumière suivant si les circonstances sont atténuantes ou non. Ici, il voit son amour de jeunesse désavoué et se farcit un séjour forcé d’un an dans un monde alternatif inhospitalier. Un peu grincheux lors de son retour, Doom affiche une brutalité aussi inattendue que bienvenue. Un peu trop courte, toutefois. En face, on réagit comme on peut. Un peu tard, malheureusement.

Les 4 Fantastiques jouent la carte de l’esprit d’équipe, voir de la famille nucléaire (dans tous les sens du terme). Encore faut-il attendre que le paquet soit mélangé correctement. C’est là que le bât blesse. Josh Trank doit inventer des histoires d’envie, de jalousie, d’amitié, d’amourettes. Il choisit de les mettre au premier plan, et de traiter les pouvoirs en tâche de fond, comme un élément de contexte plutôt que comme des noyaux déclencheurs de la structure narrative. Badaboum. Le geek est vexé de ne pas voir ses fantasmes transcris sur grand écran, le spectateur lambda n’a pas l’action que le genre (et le matraquage médiatique) lui promettait. Le mal est fait.

A QUI LA FAUTE ?

Tiraillé entre un idéal louable et la pression d’un Marvel, Trank en oublie toutefois de donner du relief à ses personnages. Les ellipses incessantes rendent caduques des développements sentimentaux qui se perdent dans une temporalité confuse. Quelques lignes de dialogues superflues viennent ça et là alourdir quelques situations dont l’évidence visuelle suffisait largement à la compréhension de tous. Forcément, à force de laisser le spectateur traîner en salle d’attente, il se focalise sur les moindres détails.

Faut-il blâmer des spectateurs qui crient au scandale dès la moindre once de changement, tout en fustigeant en parallèle la répétabilité des films de super-héros ? Marvel n’a-t-il pas laissé assez de temps (une petite heure et 40 minutes) à Josh Trank pour développer comme il se doit des liaisons souvent artificielles ? Au contraire, incombe-t-il au réalisateur et aux scénaristes de ne pas se fourvoyer dans un imbroglio narratif, quand les solutions sont présentes presque clef en main ? La réponse est un peu lâche, mais un peu des trois. Si Les 4 Fantastiques est loin, très loin d’être un chef d’œuvre, il a le mérite de tenter quelque chose. Attaquer le film sur l’échec de son inventivité, torche et râteaux à la main, c’est d’une certaine manière condamner tout écart à l’uniforme. Le vrai drame, il serait peut être là.

Hypesoul.com

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