After Eight

Avis sur Les 8 Salopards

Avatar Nolwenn-Allison
Critique publiée par le

Quand Tarantino a annoncé qu'il allait réaliser un second western, on était tous encore dans l'effervescence de Django Unchained, qui avait bien tout poutré comme il le fallait. Puis il y eut le leak du scénario, le ragequit, et enfin la renaissance du projet. On ne saura jamais si tout ce drama aura été bien sincère, mais une chose est certaine : cela a davantage fait saliver le chaland, qui se retrouve face à un film à mille lieues de ses attentes.

Pas de grandes cavalcades sous le chaud et harassant soleil du Sud des Etats-Unis, non, rien de tout ça. Juste la neige, à perte de vue, recouvrant de son velours blanc les plaines du Wyoming. Mais si le générique et le début du film font miroiter ces magnifiques paysages et si, il faut bien l'avouer, les éventuelles effusions de sang feraient du meilleur effet sur le blanc virginal de la neige, le véritable décor n'est rien d'autre qu'un chalet à la porte tellement défoncée qu'il faut systématiquement clouer des planches pour que les éléments ne puissent pénétrer, autant que possible, l'abri.

Pas de bande sonore bien chaleureuse, pas d'emprunt musical à un bon vieux western spaghetti des familles, peu d'emprunt musical tout court, d'ailleurs. Le Maître Morricone, lui aussi revenu des différends, dignes d'un épisode de Santa Barbara, qui l'opposaient à Tarantino, signe une bande sonore d'ambiance, à la fois glaciale et inquiétante. Je ne cesse jamais de louer Tarantino justement pour son utilisation de la musique, qui sert toujours à merveille les scènes de ses films. Ici, la musique n'a rien de funky ; elle est lancinante et pesante et en cela, elle retranscrit admirablement l'intégralité de ce huis clos.

Par contre, là où Tarantino ne nous déçoit pas, c'est dans ses références. J'ai même été surprise par leur multiplicité. Outre les références cinématographiques (d'autres, plus qualifiés, ont déjà retourné la question dans tous les sens), il y a également un hommage indéniable au théâtre. Le retour du découpage en chapitres prend tout son sens ici, d'autant plus que le film est divisé en 5 chapitres, chiffre parfait pour mettre en place une tragi-comédie en bonne et due forme.

Mais c'est surtout dans la mise en place des personnages et le déroulement des actions que l'influence des planches (qui n'ont pas uniquement servies à fermer cette putain de porte) est palpable. Vous avez déjà vu les premières pages d'une pièce avec le nom des personnages marqué en capitales et leur place dans l'histoire en italiques ? Dans The Hateful Eight, on retrouve la même idée. Chacun des personnages a une appellation qui sert à définir son rôle dans le film, que ce soit John Ruth « le Bourreau » ou Marquis Warren « le Chasseur de Primes », et ça passe subtilement avec le genre du film, où les personnages ont généralement un surnom à la hauteur de leur réputation.

Outre ces surnoms ou ces attributions, les dialogues fabriquent les personnages. C'est l'un des reproches que j'ai le plus vu/lu. L'action, telle qu'on l'attend de Tarantino, tarde à venir, et il est vrai que le film est extrêmement bavard. C'est une critique que je n'arrive pas bien à comprendre. Au contraire, définir ses personnages par la parole est juste ce qu'il faut dans un film qui a une dimension whodunit. Les mots peuvent créer de la sympathie ou de l'antipathie, ils peuvent tromper bien plus que d'habiles déguisements ou machinations, et jusqu'à la fin de The Hateful Eight, ils laisseront planer l'incertitude, quand bien même l'intrigue soit résolue. (Last argument : les dialogues chez Tarantino sont toujours chiadés, alors de quoi peut-on se plaindre?)

Après, on ne part pas non plus en total terrain inconnu : on a de la gerbe grotesque de sang et un casting dont la très grande majorité est composée par des habitués du réalisateur (mention spéciale à Michael Madsen dans son cosplay d'Yvan Le Bolloc'h, dommage que tu n'aies pas pu toucher la guitare :'(). Mais là où tout autre réalisateur aurait pu se contenter de pondre un Django II (par facilité, pour contenter un public, les deux?), Tarantino préfère pondre un film à ambiance et mieux que cela, le réussit avec brio.

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