Le 8ème film de Quentin Tarantino

Avis sur Les 8 Salopards

Avatar Olivier Engassac
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J’écris cette critique après deux visionnages du film dans la version 70mm, que j’ai eu la chance de pouvoir voir étant donné la rareté des copies distribuées en France. Je dirais mon point de vue sur le film, donc ce sera sûrement subjectif, mais je le fais aussi car je lis de nombreuses critiques sur le film que je ne trouve pas fondées. Des éléments de l’intrigue seront dévoilés. Mais soit, first thnings first :
Le format : 70mm, cela correspond à la dimension de la pellicule utilisée, le double du standard actuel des films (35mm). C’est un format ancien, qui était très utilisé dans les années 50-60, soit les années western. La démarche est très intéressante, il existe bien l’IMAX qui se rapproche du format 70mm, mais ici on parle de « Ultra Panavision 70 ». Allez voir les derniers films des frères Nolan pour voir l’utilisation de l’IMAX qui donne un rendu bien différent dans les chromatismes et le format même de l’image (plus étiré en 70mm). Le format voulu par Tarantino permet d’accentuer la proximité de la mise en scène, d’autant plus que la majeure partie du film est un huit clos. On est donc immergé dans la scène. De plus, l’aspect rétro et non-conventionnel me plaît bien, Tarantino se fout des CGI ou de demander aux cinoches de réaliser des travaux et d’engager des projectionnistes pour son dernier bébé, c’est un absolutiste. Il a une vision de son cinéma, et le format de 70mm n’était pas un caprice de sa part mais fait partie intégrante de l’âme du film en en faisant à mon sens un « instant classic » du fait que cela n’a pas été utilisé depuis 1966.
Le scénario : J’avoue avoir fauté. Lorsque le premier brouillon avait fuité, j’ai réussi à me le procurer et je l’ai lu en une journée. Je ne pouvais pas m’arrêter. C’est ici que réside la vraie force de ce film. A la lecture, on se rend compte que Tarantino est un grand cinéaste. Pour illustrer ce que je vais dire, je prendrai un autre exemple celui de Sergio Leone. Pas anodin quand on sait que Q.T est un grand admirateur du cinéaste italien. L’histoire raconte que pour que Morricone écrive la musique de « Il était une fois en Amérique » (le même compositeur que les huit salopards, on se rapproche encore plus), Sergio Leone a raconté de vive voix l’entièreté du film au compositeur, de la première à la dernière séquence, avec les dialogues et les plans de caméra. C’est là la vraie force de ces artistes. Réussir à construire un film mentalement, à le transcrire par des mots sur papier avant de réussir à fixer du mieux que possible leurs visions sur des pellicules. Et à ce titre, Q.T a réussi. Je n’ai pas relu depuis le scénario, mais j’ai tout bonnement eu l’impression d’avoir déjà « vu » le film lors de mon premier vrai visionnage. Chaque plan était minutieusement préparé. Personnellement, je crie au génie. Cette démarche me plaît plus que celle qui consiste à dire « fout des caméras partout, on s’arrangera au montage ».
Au-delà de ça, l’histoire est très intéressante dans la filmographie de l’auteur. Il retourne à nouveau à la fin du 19ème siècle, à l’issue de la guerre civile, opposant le nord au sud sur la question de l’esclavage. On sait que les noirs fascinent Tarantino. L’utilisation parfois abusive du terme « nègre » a laissé Spike Lee hurlé que Q.T est raciste. Je ne crois pas à ces accusations. Q.T est un sudiste qui a certainement grandi dans une ambiance plus ou moins raciste, mais je ne crois pas que les génies soient des gens stupides et racistes, et encore moins qu’il offrirait ses meilleurs rôles à des noirs s’il l’était vraiment. Et dans le climat actuel des USA, permettre de parler ouvertement de la question des noirs me semble plus que nécessaire. Il y a donc presque une dimension engagée dans le film, bien que je ne croie pas que ce soit l’idée de l’auteur. Mauvaise pub donc. On retrouve donc ce climat d’ambivalence et de clivage entre les personnages, entre d’un côté les nordistes, et de l’autre les sudistes. Cela prend sens dans le scénario même.
Les personnages : Sans détailler chaque personnages, je me concentrerai sur certains. Prenons Le Major Marquis Warren par exemple. Il incarne une idée de la justice américaine (au même titre que Chris Mannix, futur shérif de Red Rock). Prenons la scène où il explique au général smithers qu’il connaissait son fils. Tout ce stratagème, vrai ou faux, n’a pour seule utilité que de lui permettre de l’abattre. Au début, il est empêché par Mannix car le vieux est désarmé. Il lui fournit donc un pistolet et l’engraine jusqu’à invoquer la légitime défense. « Frontier Justice » comme il est dit dans le film, justice du Far West. C’est aussi la réflexion amenée par Oswaldo Mobray autour de la pendaison de Daisy Domergue. Mannix, à la fin, lorsqu’il la pend, précise bien que c’est au nom des habitants de Red Rock. On voit aussi une sorte de loi du Tallion, œil pour œil, dent pour dent, lorsque Warren abat Jody Domergue pour l’avoir castré. On sent donc cette idée de justice traverser le film, une justice toujours humaine, jamais divine ou extérieure, qui aboutit toujours à la violence.
Le personnage de Domergue est particulièrement bien interprété. Durant la majeur partie du film, elle est insolente, sûre d’elle car elle sait qu’elle va recevoir de l’aide et est donc aux commandes. Mais dès qu’elle réalise que son plan coule, son attitude change brusquement pour devenir craintive et menaçante. Bien interprétée par l’actrice, on sent la détresse du personnage qui a peur pour sa vie. Dans l’ensemble le casting est très bon, on retrouve les acteurs fétiches de Q.T qui collent bien à son univers.
Si l’on doit citer quelques points négatifs, je dirai la musique. Qui n’est pas vraiment un point négatif, le thème composé par Morricone est excellent, lancinant et intègre parfaitement l’atmosphère du film. Au passage, certains thèmes proviennent du film The Thing de John Carpenter, dans lequel on retrouve Kurt Russel, dans la neige sur une musique de Morricone. Les proximités entre les deux films sont nombreuses, Q.T ayant même organisé une projection de The Thing avec l’ensemble du casting. Mais c’est un autre débat.
Pour la musique, lors de la fuite du scénar, une playlist avait circulé avec de nombreux morceaux pops, rock de hip hop. Du classique chez Tarantino. J’avais donc hâte de voir comment il pouvait intégrer ces morceaux à cet univers western. D’autant plus qu’il a toujours dit que la musique était parfois à l’origine même de sa conception de séquences. Je trouve donc que cette BO est très bien pour le film, mais au regard du reste des films de Q.T, j’aurais peut-être préféré un peu plus de rock pop etc.
On pourrait aussi reprocher au film d’être trop long (2h47), mais à mon humble avis, plus c’est long plus c’est bon. C’est peut-être une question d’époque, les gens sont aujourd’hui sur stimulés, ont du mal à tenir le temps d’une séance aussi longue, le standard étant à 1h40. Pour ma part, je crois qu’une même histoire peut-être racontée en 1h40 ou en 3h40. La question étant de savoir de combien de temps cette histoire a besoin pour être développée et transmise. Quel rythme est donné au film, quel rythme dans les séquences, quels mouvements de caméra. Tous ces éléments influent sur la perception du temps que l’on a pendant le film. Car le cinéma et la musique sont des médias artistiques proprement ancrés dans le temps, ce qui en fait l’intérêt majeur. La peinture traverse le temps et l’espace, le film c’est le temps et l’espace de la projection.

Bref, j’en termine là sur ces quelques réflexions qui intéresseront peut-être certains et je vous recommande à tous d’aller voir et revoir ce film qui certainement amène à considérer le cinéma dans ce qu’il fait de mieux : une œuvre d’art.

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