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Les Ailes du désir

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Dans l'Allemagne encore divisée, les anges Damiel et Cassiel sont occupés à survoler le ciel de Berlin afin de recueillir les pensées des simples mortels qu'ils croisent.
Ils ne font que les entendre, compatir. ils n'ont pas les facultés de ressentir ou de réagir à quoique ce soit. Leurs émotions sont mortes et leur monde est autant sans saveur qu'il est sans couleur.
Cette observation passive et distanciée de l'humanité et de leurs états d'âme va être mise à mal par la rencontre entre Damiel et une jeune trapéziste française qui vole sur son bâton accroché par deux cordes, dans un costume d'ange ailé.

Le film s'ouvre sur un plan d'une page en train de s'écrire. Rien de plus normal sauf qu'une voix off est en train de lire le texte mais AVANT que les mots ne soient couchés sur le papier. L'esprit précède l'écrit, la pensée vient avant qu'on la mette en mots. La main qui écrit n'appartient à aucun corps et nous apparaît simplement comme relié au bras qu'elle termine.
La voix entendue est-elle intérieure ? extérieure ? omnisciente ?
Les pensées, les phrases d'une poésie extrême montre la rare qualité d'écriture du co-scénariste Peter Handke.
Le plan suivant, post générique, nous dirigeant sur le ciel de Berlin, un ciel gris et nuageux, nous donne un début d'explication : un œil céleste se balade partout. C'est l'omniscience des êtres surnaturels qui nous est donc présentée.
D'ailleurs les personnages rencontrés, dès qu'ils sourient face caméra font place à l'ange qui montre ainsi sa présence à l'homme et rend l'image subjective. Exception faite d'une scène au cours de laquelle on a en lieu et place de l'ange, une télévision symbolisant le vide, le néant spirituel et donc le personnage n'autorise pas l'apparition de l'être surnaturel.
Il est d'ailleurs notable que seuls les enfants sentent à proprement parler leur présence, les voient. L'innocence ? L'émerveillement intact ?

L'errance des personnages découvrant un monde inconnu, est sans doute celle du réalisateur lui-même qui revient dans son Allemagne natale après une longue parenthèse américaine. Il ne connait plus son pays.

Wenders s'interroge ici sur ce qui fait l'essence même de l'être humain. L'homme qui fait l'ange peut-il encore se considérer comme un humain ?
A travers l'aventure de Damiel, il donne un début d'explication.
Cet ange, s'est toujours senti intéressé par l'humanité et ses imperfections. Il a envie de saisir d'avantage que ces bribes de pensées dont il ne fait rien. Cette humanisation de l'ange, son désir, son amour pour cette jeune trapéziste vont apporter la couleur au noir et blanc du début. Le gris n'a plus sa place : il aime enfin ! Même si tout n'est pas simple.

Autre atout de choix : Peter Falk. Il quitte son imperméable de Columbo, son ami John (Cassavetes) pour venir tourner un film dans l'Europe préréunification et donner de la légèreté au chef d'oeuvre de Wenders. Il y interprète son propre rôle, à savoir celui d'un acteur en proie aux questionnements métaphysiques sur sa carrière. Il a d'ailleurs improvisé à distance près de deux heures de monologue que Wim Wenders avait oublié d'enregistrer.

Par pitié, cher lecteur, si tu as une once de confiance en mon humble opinion, refuse de visionner l'immonde remake américain avec Nicolas Cage singeant Bruno Ganz.

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