À un scalp du chef-d'œuvre

Avis sur Les Chasseurs de scalps

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On a tous en mémoire les images de Robert Redford devenant la parfaite incarnation du mountain man dans le fameux "Jeremiah Johnson". Superbe film qui permit à Sydney Pollack de dresser à la fois un brillant hymne à la nature sauvage tout en faisant l'éloge de la vie des pionniers et des Indiens. Si ce film restera à jamais l'un des chefs-d'œuvre du western, on ne peut pas dire que le père Pollack soit pour autant un véritable amoureux du genre ! Durant toute sa carrière le cinéaste s'affirmera comme un grand touche-à-tout, passant d'un genre à un autre avec plus ou moins de brio et plus ou moins de bonheur. L'homme est un romantique, sans doute un peu idéaliste, et "faire" du western ne l’intéresse guère ! Si "Jeremiah Johnson" est une bien belle offrande faite à ce genre, il faut dire qu'il s'était déjà essayé au western quelques années plus tôt avec une œuvre étonnante et atypique : "The scalphunters" ! Ce film n'est certes pas un chef-d'œuvre mais il permit au jeune cinéaste de se familiariser avec l'ouest sauvage et ses codes bien particuliers, tout en peaufinant des thèmes humanistes qui lui seront bien utiles pour "Jeremiah Johnson" justement.

Fin des années 60, alors que le western classique s'essouffle et que le Nouvel Hollywood commence à poindre le bout de son nez, "The scalphunters", qui lorgne aussi bien sur le film d'action que sur la comédie pure, fait presque office d'incongruité ! Mais la véritable originalité de ce film est surtout à rechercher du côté de son histoire qui a le mérite d'aborder le sort des Noirs dans l'ouest américain ainsi que la question de l'esclavage.

Ces thématiques fortes sont rarement abordées dans le western qui se focalise traditionnellement sur les relations entre cow-boys et Indiens par exemple. Ici, Pollack introduit habilement ces thèmes avec la création d'un duo improbable formé par Joe, trappeur bourru et inculte, et Lee, un esclave Noir aussi rusé que cultivé. Ce tandem permet au cinéaste d'aborder le thème du racisme mais également d'explorer le rapport maître/ esclave avec des personnages qui endosseront successivement les costumes du "maître" et de "l'esclave" suivant les péripéties et les circonstances. La finalité du film est évidemment assez claire puisqu'il s'agit de mettre sur un même pied d'égalité les deux peuples et les deux cultures en mettant en avant les mérites de chacun (savoir faire de l'un, malice de l'autre, etc.). La démarche de Pollack prendra tout son sens avec le final qui voit nos deux hommes se lancer dans un combat sans vainqueur et où ils finiront tous deux avec... la même couleur de peau ! C'est simple, précis, efficace et c'est ce qui rend ce film si appréciable. Mais le problème c'est que le futur réalisateur de "Jeremiah Johnson" ne maîtrise pas encore bien son sujet et il va s'égarer sur les chemins de la comédie burlesque jusqu'à perdre le thème qui lui sert pourtant de fil conducteur !

Comme je l'ai précisé précédemment, Pollack n'a rien du grand fana de western, il fait ce film juste pour illustrer son plaidoyer contre le racisme. Seulement, il décide de donner à son histoire une dimension humoristique qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe surtout après un début très punchy ! Alors que le spectateur commence à se délecter de la relation qui s'installe entre nos lascars, le cinéaste à la mauvaise idée de séparer le duo en mettant Lee entre les mains d'une bande de chasseurs de scalps dirigée par le personnage de Telly Savalas. Et là, malheureusement, le film part un peu dans tous les sens. Si certains passages de comédie sont réussis, avec des dialogues assez délectables, d'autres le sont beaucoup moins et on flirte souvent avec la vulgaire pantalonnade. Heureusement, les acteurs sauvent un peu les meubles ; si le futur Kojak n'apparaît pas très crédible en redoutable chef de hors-la-loi, il faut bien avouer qu'il forme un savoureux duo avec Shelley Winters. Burt Lancaster assure toujours le show même s'il est un peu aidé par un remarquable canasson. Ossie Davis, quant à lui, excelle en manipulateur un peu maladroit ! Ainsi pendant une bonne moitié du film on s'amuse gentiment à suivre les mésaventures de nos personnages ; c'est léger et sympathique même si le film perd un peu de son intérêt.

"The scalphunters" est un film bien trop irrégulier pour faire de l'ombre aux grandes œuvres du genre mais son ton léger le rend foncièrement sympathique. Il reste néanmoins à voir pour ses qualités esthétiques et pour ses thèmes humanistes.

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