Mettre le doigt dans la plaie

Avis sur Les Chatouilles

Avatar Marlon_B
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Constat assez mitigé malgré l'excellente réception faite au film. Certes, il ose affronter un problème encore assez tabou, ne lésinant jamais sur le sentiment et le pathos. Mais certains défauts gâchent les bonnes et louables intentions.

Ce qui tout d'abord nous gêne vraiment: le recours systématique au ressort dramatique, aux sentiments forts souvent polarisés. En effet, le spectateur passe, à l'image d'Odette, d'une joie extrême à une rage irrépressible, d'un enthousiasme sans bords à une tristesse tout aussi profonde. Des rivières de larmes, des hurlements de révolte, des cris de plaisir et des rires de folie sont successivement convoqués. Tant d'hystérie devient usant à la longue.

Par ailleurs, quelques scènes sont insupportables, non seulement en raison de leur ridicule (le pistil) et aussi du jeu des acteurs, principalement celles avec Mme Maloc, la prof de danse, incarnée par une Ariane Ascaride toujours aussi mauvaise (voir La Villa). Au passage, Clovis Cornillac ne convainc pas non plus, alors que Karin Viard, dans le rôle de la mère acariâtre et sans cœur est remarquable.

Enfin, certains personnages, comme les réalisateurs ont le courage de l'avouer à travers Manu, sont caricaturaux, notamment ce dernier. Odette elle-même manque de nuances. Et que dire du personnage de la mère, voire même du père, invariablement enfermés dans leur position malgré les décennies qui passent.

Toutefois, reconnaissons l'excellent travail de montage. Les insertions des scènes entre la psy et Odette dans le récit et les souvenirs réels et fantasmés sont des bijoux d'inventivité: elles surprennent, suscitent l'admiration, nous emportent par leur élan créatif.

En outre, l'adaptation est plus que réussie: on ne ressent presque pas la mise en scène théâtrale, bien au contraire (seuls demeurent les caractères types, la veine dramatique et la catharsis finale - scène du jugement). La multiplication des espaces et des temporalités grâce à un recours fréquent à l'ellipse donnent lieux à certaines scènes magnifiques donnant la chair de poule comme celles où Odette et Manu assistent puis participent sur un parking aux Etats-Unis à un battle de krump.

Finalement, le discours se veut courageux et malgré la peur initiale qui empêche toute révolte, la fin jubilatoire démontre qu'il ne faut pas craindre de nommer le mal pour mieux le combattre.

Résultat final: un film qui n'hésite pas à mettre le doigt dans la plaie (pour mieux la soigner), mais qui prend un plaisir pervers à l'y laisser afin que l'on verse quelques larmes de pitié.

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