Les Chatouilles, une claque entre abstraction et réalisme

Avis sur Les Chatouilles

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Pédophilie, violences sexuelles, renfermement, reconstitution... Tel est le sombre menu proposé par Andréa Bescond et Eric Métayer dans Les Chatouilles, adaptation filmique de leur pièce de théâtre Les Chatouilles ou la Danse de la colère interprétée de 2014 à 2017. L'histoire se focalise sur Odette, une jeune femme hantée par un drame subi durant son enfance : Gilbert, un ami de la famille, a régulièrement profité de la fillette âgée de huit ans en la violant.

Et le film entre d'emblée dans le vif du sujet.

Première claque.

S'il y a bien une chose à savoir avant d'aller voir Les Chatouilles, c'est qu'il ne tente pas de cacher les faits. Ou du moins, il en montre l'essentiel pour choquer. Et ça fonctionne. Le malaise ne tarde pas à s'installer face à la vision d'un homme pervers et manipulateur, sentiment auquel s'ajoute rapidement la colère. Colère face à des actes innommables sur lesquels le film tente de réfléchir, colère face à l'ignorance de l'entourage, colère face à des actes courants et trop peu dénoncés... Le film d'Andréa Bescond et d'Eric Métayer a de quoi faire réfléchir.

Il s'agit donc d'un long-métrage difficile dans sa thématique, mais qui tente tout de même d'aborder les faits avec une certaine légèreté, mêlant humour et abstraction. Le film se perd souvent entre illusion et réalité, entrainant la confusion du spectateur lui-même (j'ai d'ailleurs été assez déstabilisée face à ce manque de clarté sûrement volontaire de la part des réalisateurs). La protagoniste use régulièrement d'une certaine ironie qui plane tout au long du film, souvent à l'origine d'un petit rictus du spectateur. Mais derrière cette légèreté se dissimule la douleur d'une femme qui n'ose pas parler, se réfugiant derrière la danse pour évacuer sa douleur.

Le film Les Chatouilles tente alors d'aborder de manière subtile et osée un traumatisme face à un passé dramatique hanté par la question de la pédophilie, entre abstraction et réalisme, véritable récit onirique d'une tentative de reconstruction sans masquer pour autant la réalité des faits. Le film propose alors un condensé d'éléments mêlant flash-backs, séances de psychologue, tentatives de reconstruction, mais également scènes de danse, la jeune femme pouvant alors véhiculer des émotions de l'ordre de l'indicible à travers ces séquences centrales. Et le spectateur n'en est que bouleversé.

En effet, l'histoire est avant tout celle d'un cri de désespoir : celui d'Odette, mais surtout celui de son interprète (et réalisatrice du film), Andréa Bescond. Les Chatouilles n'est autre qu'une reconstitution de sa propre vie puisqu'elle s'est inspirée des violences sexuelles qu'elle a elle-même vécues durant son enfance. Un grand nombre de détails autobiographiques ornent le film, allant même jusqu'à faire participer Odette à des spectacles dans lesquels sa créatrice a également dansé durant sa jeunesse. L'interprétation d'Andréa Bescond n'en ressort que plus vraie, la jeune femme portant en elle blessure et rage, transmettant son état d'esprit au spectateur touché face à la vision d'une femme qui tente de faire face à pareille douleur.

Tu l'auras donc compris, je ne peux que te conseiller d'aller voir Les Chatouilles, long-métrage crédible et authentique face à un sujet d'une certaine dureté, et portant en lui un grand nombre de vérités qui lui sont propres, le film pouvant également encourager les victimes de pédophilie à sortir du silence et à tenter de se reconstruire petit à petit.

Les Chatouilles est donc un film sur une "danse de la colère", mais surtout, sur l'espoir d'une justice.

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