Trois mondes

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Quand elle débarque dans la vie d'Arnaud, Madeleine est comme un ouragan, un orage. Lui, il est du premier monde, perdu entre le refus de se projeter, une envie d'envol et le maintien de l'entreprise de son père. Ce monde échoue quand Madeleine débarque, sûre de son avenir, déterminée, belle et forte. Il entre alors dans un autre monde, le second, celui où la survie est le point d'orgue: l'armée. Madeleine s'en fait une image assez radicale et déroutante, elle s'y prépare avec le corps et l'esprit. De la vie, elle a la même conception. Elle tient d'ailleurs sur les choses des discours aussi hilarants que catastrophistes ... Car oui, précisons dès maintenant que ce film est une comédie. Ses dialogues sont fins, ses personnages loin de toute caricature car impliqués par le corps. Mais c'est encore autre chose, une aventure. Dès lors l'armée intervient, sous la forme d'un camp d'entrainement pas assez rustique au goût de Madeleine. Là encore ils sont deux, là encore c'est l'échec. La survie, la vraie, n'intervient pas dans des théories trop floues pour être mises en pratique. L'esprit de Madeleine ne s'y intègre pas. Elle fonce dans tout ce qui bouge ou a une opinion et ne voit de l'avenir qu'une explosion à venir, un néant. Lui, plus naïf ou plus vivant, cherche, tâtonne et suit cette fille impressionnante qui le mène autre part, qui le pousse à se battre. Les deux êtres s'écrivent alors à deux, le film bascule dans la rencontre, dans une autre aventure, une autre survie: la nature, ses bienfaits et sa frugalité !

D'amour et d'eau fraîche pourrait-on dire où chaque compétence devient profondément utile. Même celle de "faire passer le temps". Ils vont l'un vers l'autre sans retenue, ils créent leur monde, leur mode d'expression. Le film ira, là encore, là où on ne l'attend pas. Son rythme, son style, ses images, basculent sans cesse. La musique vient elle aussi à contre-courant. Tout est en action, le film ne se repose jamais sur ses acquis car il éprouve le corps et tend tout entier vers le devenir, même s'il n'est jamais clairement envisagé comme lumineux. Éprouvés, ces deux corps n'abandonnent jamais, ils se donnent jusqu'à la chute.

Ce premier film se dévoile sur une corde sensible, à la frontière entre l'alarmisme et l'humour. Et l'alchimie prend car elle se lit jusque dans la mise en scène, brute et alerte à la fois, épousant les corps des protagonistes. Il sait aussi mettre en scène le quotidien en le confrontant à l'inattendu. La nature est aussi magnifique qu'effrayante, elle brûle, elle est toute prête à n'être plus. Pour ce film, sorte de grand élan de fraîcheur, la relève enthousiasmante s'inscrit aussi dans ses acteurs, ils sont en plein bouleversement à chaque plan, toujours complètement là. A ce jeu-là, la lumineuse Adèle Haenel se révèle brillante. Elle sait être drôle, imposer sa carrure, se donner à fond, et peut alors oser la sensibilité quand il le faut, sans plomber son jeu. Car, comme elle le dit, quand on (je hihi) lui demande "comment (elle) envisage son corps en tant qu'actrice": "au cinéma, il n'y a nulle part où se cacher", surtout quand la caméra devient physique et tente avec conviction de donner à voir des chemins qui se croisent et s'inventent pour ne pas subir. Un nouvel hymne pour la jeunesse en résumé !

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